Céline, perdu et retrouvé !

« Je sais, je sais, j’ai l’habitude … C’est ma musique !

Je fais chier tout le monde.

(..)   Chaque fois c’est le même pataquès. Ça vocifère et puis ça se calme. Ils aiment jamais ce qu’on leur présente. Ça leur fait mal !…Oh là youyouye !…ou c’est trop long !…et ça les ennuye !… Toujours quelque chose !…C’est jamais ça ! et puis tout d’un coup ils en raffolent !.. Allez-y voir ! ». ajoutons cette autre citation de Céline: »« « Faut respecter les souvenirs, les ombres deviennent délicates à mesure du temps. Heurter les fantômes, voilà la grossièreté même. » LF Céline

  « Guerre » n’est pas un fonds de tiroir mais un texte retrouvé   impressionnant pour plusieurs raisons. La première, c’est que ce texte, dont parlait Céline, on le pensait perdu, voire inexistant et sorti du délire célinien.

Pas du tout, le manuscrit est là. C’est du brutal des les premières lignes. Une bourrasque d’images, de sensations, avec une auréole de féerie verbale même dans l’horreur, comme toujours.  

Ce manuscrit fut donc laissé rue Girardon  avec d’autres manuscrits à la Libération quand le 17 juin, 1944, Céline, Lucette Almanzor et le chat Bébert  se débinent en catastrophe   pour l’Allemagne afin  d’ échapper ainsi à l’Epuration.

Pendant tout le reste de sa vie, Céline  parlera du vol de ses manuscrits de la rue Girardon alors qu’on le soupçonnait d’inventer  ou d’en rajouter.. Il accusa un certain Oscar Rosembly. Des céliniens, eux, parlèrent d’un commando des FFI qui aurait visité et embarqué les manuscrits et des meubles. Il faut  attendre Juin 2020, donc 76 ans plus tard  pour qu’un ancien talentueux  critique de théâtre de Libération, Jean-Pierre Thibaudat, prenne contact avec les ayant droit de Céline, l’avocat François Gibault et Véronique Chauvin pour qu’on découvre qu’une pile énorme de manuscrits existe.

 Qui a gardé, bouclé, caché ,préservé puis donné cette masse de manuscrits  et dans quelques circonstances ? Mystère. Comment Thibaudat a-t-il récupéré 5324 feuillets rédigés de la main même de Céline ? Le mystère reste entier.On doit donc à un critique de théâtre le plus fabuleux coup de théâtre littéraire de ces 30 dernières années.. Donc, désormais, les ayants droit et la maison Gallimard peuvent publier cette énorme masse inédite. On compte mille pages de « Mort à crédit », le manuscrit complet de » casse-pipe », un roman inédit », Londres » (qui sera prochainement publié car il est la suite de « Guerre ») et   « la Volonté du roi Krogold »,un conte..

Pascal Fouché, spécialiste de Céline a eu le soin d’établir l’Édition.
Le choc est là dès la première page. On retrouve la prose en fusée jaillissante en rafales brèves. Il semblerait qu’il ait été écrit en 1934, et Pascal Fouché affirme : » On sent que c’est un premier jet, écrit avec une certaine rage. » Oui, le texte est vif, emporté, rageur,  véhément, funèbre ,virulent,  exalté  pour  dénoncer la chiennerie de la guerre et l’immense souffrance des soldats menés à l’abattoir  et l’épopée du blessé grave Ferdinand. Nous lisons 170 pages de panique, d’étonnement horrifié. Celine donne toujours l’impression de déballer une vérité neuve  dans une langue parlée  proche de l’hallucination ; il fignole  dans une rage tres contrôlée et des phrases savamment perturbées   ce que les autres écrivains ne nomment pas ou n’affrontent pas. Aucune pudeur chez lui :  le déchainement des vérités qui blessent. Ici, il offre un morceau de viande saignante, dans tous les sens du mot.. Il s’acharne à dire  ce qu’il y a de convulsif(et de comique affreux) dans cette errance dans le désastre.  « Guerre » est un pur moment de dégout, de surprise, de fin d’innocence sur la condition humaine, il décrit son  traumatisme indicible, sa blessure.

Les premières pages nous jettent dans le sang, la boue,  la stupeur de l’après tuerie .Ferdinand amoché salement au milieu des cadavres dans la plaine. Il saigne dans la solitude et dans la peur, dans une sorte de nuit  de la mort

Ferdinand est collé à la terre et baigne dans son sang.  Il est « dans une mélasse  d’obus »  et traverse   un verger « ça sentait la viande  avancée et le brulé l’enclos, mais surtout le tas du milieu où il y avait bien dix chevaux tout éventrés les uns dans les autres. » Le ton, Céline est tout entier dans ce genre de phrases. Ferdinand perd la notion du temps, a des visions, son crâne est « empli de boucan : c’était à moi seul de retrouver mon, régiment » car il a peur d être pris pour un déserteur. On découvre aussi que le Céline de 1933-34 connait sa valeur littéraire. (là j’ai fait une grossière erreur chronologique -que Pierre Assouline a noté et m’a signalé – quand j’affirme qu’il avait mal mal digéré l’insuccès de « Mort à Crédit » car ce roman date de …1936 et « Guerre » de 1934..) Il écrit : » Un bout de pensée très fort à la fois, l’un après l’autre. C’est un exercice je vous assure qui fatigue. A présent je suis entrainé. Vingt ans, on apprend. J’ai l’âme plus dure, comme un biceps. Je crois plus aux facilités. J’ai appris à faire de la musique, du sommeil, du pardon et, vous le voyez, de la belle littérature aussi, avec des petits morceaux d’horreur arrachés au bruit qui n’en finira jamais. »

Oui, Céline résume son art comme personne : « de la belle littérature avec des petits morceaux d’horreur » …

Pour l’essentiel le texte met en scène ses deux séjours dans des hôpitaux de campagne pas loin du front à Peurdu-sur_la Lys.il y a aussi  la visite des parents. Ô Surprise, ces parents qui  étaient  relativement bien traités dans «Mort à crédit »  se révèlent ici  comme deux personnages falots et sans intérêt. Des lavettes. Comme le remarque Pascal Fouché, la brièveté du texte fait cogner les phrases plus durement que dans les deux grands premiers romans plus panoramiques. Ici  le sexe   vire à l’ obsession  frénétique  mêlée à la mort. L’argot est lancé dans toute sa puissance.  Les infirmières « branleuses »  de moribonds déchainent le narrateur. Et l’intrusion d’une prostituée permettent à Céline de déverser   des détails lubriques. Pascal Fouché pose encore une bonne question, en faisant remarquer que « Guerre » a été écrit au moment où la danseuse Elizabeth Craig, le grand amour de Céline, le quitte définitivement . Est-ce le traumatisme de cette rupture qui a allumé la libido de Céline ? possible.    On constate ici  une âpreté vengeresse, un acharnement  dans une surchauffe  d’argot salace jamais atteint.

Bien sûr, à partir de données autobiographiques, comme toujours chez lui, l’imagination décolle, d’autant que l’arrivée de la veuve Angèle, et des souvenirs d’amours de jeunesse permettent à l’écrivain de faire monter la température érotique .Dialogues de chambrée réussis. Erotisme carnassier   au milieu des éclopés et des râles. Sexe et mort dans le même ascenseur.

 Parmi les points  les plus intéressants  de l’inédit   « Guerre » ce qui m’a frappé c’est  de constater  le degré de surveillance et de  » domestication » de la troupe en 1914 et 1915 ;c’est   un contrôle  féroce des gendarmes français pour  punir les infirmes en permission, aidés par les polices militaires belges « bien plus crasses » et  surtout  Céline dévoile le nombre   de soldats français  fusillés dans une sinistre courette par d’autres soldats français  -2 fois par semaine- ces soldats  soupçonnés de s’être auto-mutilés pour ne pas remonter au front et qui étaient passés par les armes  ficelés à un poteau, après un jugement sommaire.. 

 Enfin, question : sur la vie sexuelle entre les malades et les infirmières, là encore Céline exagère-il ou les autres écrivains ont-ils « édulcoré » ?  Enfin, toujours la capacité de Céline, au milieu de l’enfer, de faire savourer les moments de douceur, de répit, et de paix, tel ce passage où Ferdinand et son camarade Cascade découvrent un coin de campagne paisible : « Le canon de là on ne l’entendait presque plus. On s’est assis sur un remblai. On a regardé. Loin, loin, c’était toujours du soleil et des arbres, ce serait le plein été bientôt. Mais les taches de nuages qui passaient restaient longtemps sur les champs de betteraves. Je le maintiens c’est joli. C’est fragile les soleils du Nord. A gauche défilait le canal bien endormi sus les peupliers pleins de vent. Il s’en allait en zig-zag murmurer ces choses là-bas jusqu’aux collines et filait encore tout le long jusqu’au ciel qui le reprenait en bleu avant la plus grande des trois cheminées sur la pointe de l’horizon. ».

Que sait-on de l’aventure de ces manuscrits disparus et retrouvés?

Peu de chose.

Jazzi, voilà, en gros, ce qu’on sait de l’aventure des « manuscrits volés » de Céline.   C’est Jerôme Dupuis, excellent journaliste enquêteur qui a fait le point pour « l’express » le 5 mai dernier avec  la journaliste Marianne Payot. Mais peut-être que Pierre Assouline, qui connait admirablement l’époque, enquête et en sait davantage.

L’express : « Rappelons les faits : après le Débarquement, le 17 juin 1944, Céline et sa femme quittent précipitamment Paris pour l’Allemagne puis le Danemark. Ils étaient en danger ? 

Ils avaient une chance sur deux de se faire arrêter et, comme Brasillach, il est probable que Céline aurait été condamné à mort. Alors il s’échappe, mais il ne peut pas tout emporter : il a déjà ses valises, le chat, alors, il a le choix entre partir avec ses manuscrits ou avec son or. C’est un fils de petit boutiquier, il achetait des pièces d’or dès qu’il avait de l’argent, à l’ancienne. Il a choisi l’or et a demandé à son épouse de coudre les pièces dans sa veste en laine,… Il a juste pris le manuscrit en cours d’écriture, soit Guignol’s band II, et laissé les autres.  

A peine parti de la rue Girardon, à deux pas du Moulin de la Galette, le couple Céline se fait donc cambrioler… 

Cela s’est a priori passé entre le 25 et le 30 août ; on pense qu’aucun commando de FFI ou de résistants n’aurait osé venir faire la police dans les immeubles avant la libération de Paris alors qu’il y avait encore des nazis armés sur la butte Montmartre. D’autres personnes parlent d’un cambriolage entre le 17 juin et le 24 août…  

D’après Céline, le cambrioleur serait un certain Oscar Rosembly, un juif corse, ami du peintre Gen Paul, plus ou moins comptable… 

En effet, Céline n’a cessé de désigner Rosembly comme le principal suspect. Oscar Rosembly est un personnage extrêmement fantasque : il a écrit dans la presse de droite avant-guerre, on n’a jamais su s’il était vaguement résistant ou collabo durant la guerre _ il y a une fiche des RG qui indique qu’il a fait partie d’un mouvement très collabo _ , il est devenu gourou en Californie et en Inde, il méditait, seul, pieds nus dans la montagne, en même temps, il aimait bien faire parler de lui… Bref, avec le temps, je n’arrive pas à imaginer que cette personne-là, assis sur un tel trésor, n’aurait pas, dans les dernières années de sa vie (il est mort en 1990), montré à quelqu’un certains manuscrits, essayé d’en vendre une partie ou fait un coup médiatique. Je pense que la tentation aurait été trop forte.  

Mais vous avez tout de même rencontré sa fille… 

C’est son biographe, Emile Brami qui a retrouvé la fille d’Oscar Rosembly, mais il ne l’a eue qu’au téléphone. Il ne sait pas alors à quoi s’en tenir. Elle lui dit, « oui, il y a des choses, il faudrait que j’aille voir dans la valise que m’a laissée mon père ». C’est une personne un peu éthérée, et du coup, il lâche l’affaire et me dit « va voir, prends le relais, peut-être qu’elle sera plus encline à parler à un journaliste ». Voilà comme j’ai pris contact avec elle en 2003. Je l’invite à déjeuner à Paris, elle reste floue. Je lui demande tout de suite si je peux aller la voir en Corse, elle acquiesce et me dit, « on ira dans la maison de mon père et on ira voir les fameux papiers ». Je pars en Corse, on se retrouve à Corte, elle me confirme qu’on peut aller visiter la maison paternelle le lendemain. Et le soir même, elle me rappelle et me dit « au fait, cela va être compliqué, un cousin me dit qu’il y a des travaux dans la maison ». J’ai fini par me dire qu’il n’y avait peut-être pas grand-chose. Comme dit Emile Brami, cela l’amusait certainement de se faire mousser auprès d’un libraire ou d’un journaliste. Je dois dire qu’après avoir enquêté, je doute de la piste Rosembly. 

En juin 2020, coup de tonnerre ! Le journaliste Jean-Pierre Thibaudat informe l’avocat Emmanuel Pierrat qu’il détient les fameux manuscrits… 

Lucette Destouches, la femme de Louis-Ferdinand, meurt en novembre 2019 _ on comprendra après que Thibaudat avait comme engagement de ne rien révéler avant son décès, son donateur ne voulant pas enrichir Lucette, cette femme de droite. Il prend d’abord contact avec Pierrat pour lui demander une sorte d’expertise juridique. Il lui dit : « voilà, j’ai ces feuillets, quel est leur statut ? Puis-je en faire ce que je veux ? Suis-je obligé de les donner aux ayants droit ? » Ils arrivent assez naturellement à la conclusion qu’il doit contacter les deux ayants droit, l’avocat de Lucette et biographe François Gibault et Véronique Chovin, qui a été longtemps la confidente de Lucette, laquelle fut sa professeure de danse dans sa jeunesse. Mais avant cela, il dépose tous les documents à la brigade spécialisée, à Nanterre. Qui demande une expertise à la BnF. Cela ne va pas se passer sans heurts avec les ayants droit qui vont le poursuivre pour recel de vol. Ils lui réclament des millions… Il y aura finalement un classement sans suite.  

Ce Jean-Pierre Thibaudat est-il fiable ? 

Oui, je l’ai rencontré, en mars 2021. C’est un grand critique théâtral, qui a fait partie du Libé historique, désormais à la retraite. Ce qui est très surprenant, c’est qu’il n’est pas du tout connu comme célinien. C’est un homme assez paisible, il a tout de même été le dépositaire d’un trésor inouï, littéraire et financier _ il y en a pour des millions et des millions. Je rappelle que le manuscrit du Voyage au bout de la nuit est parti aux enchères à 1,8 million d’euros, et cela en 2001 ! Par ailleurs, il ne s’est jamais considéré comme propriétaire des manuscrits, il a toujours dit en être « le dépositaire ». Et puis, Thibaudat a fait une espèce de travail de moine bénédictin, il a travaillé pendant au moins dix ans en retranscrivant l’ensemble des feuillets, un travail qui finalement n’aura pas servi à grand-chose car Gallimard a tout retranscrit de son côté. Il est vrai que c’est la haine entre Thibaudat, d’un côté, et Gallimard et les ayants droit de l’autre.  

Pourquoi a-t-il été choisi par le mystérieux « donateur », lui qui n’est pas un célinien ? 

Il y a plusieurs hypothèses. Jean-Pierre Thibaudat est le fils de grands résistants (père comme mère), il vient d’un milieu de gauche, et on peut imaginer que la personne qui lui aurait remis le trésor serait elle-même enfant d’un résistant, éventuellement ami de ses parents. Or, si tu es dans une famille de résistants, que tu n’as aucune introduction dans le monde de l’édition mais que tu connais un journaliste qui écrit des livres, tu te dis « voilà, c’est l’intello qu’il me faut, il saura quoi en faire ». Interrogé par la police, Jean-Pierre Thibaudat a toujours refusé de donner son nom, invoquant le secret des sources. La brigade a bien essayé de retrouver son donateur _ ils ont fouillé tous les appels de Thibaudat de l’année précédente et ont fait une carte de France de tous ses déplacements, notamment pour voir s’il allait en Corse.  

Autre hypothèse, outre celle de Rosembly, Morandat : à partir de septembre 1944, l’appartement de Céline est réquisitionné par Yvon Morandat, une grande personnalité de la Résistance. Quand Céline revient du Danemark, Morandat lui dit, « vous savez, j’ai des manuscrits à vous que j’ai mis au garde-meuble, voulez-vous les récupérer ? », et Céline l’envoie paître. Je ne serais pas surpris qu’en réalité, les manuscrits retrouvés soient ceux-là. 

Enfin, il y a une 3e hypothèse : quand Rosembly se fait arrêter (j’ai récupéré la procédure judiciaire de 1944 prouvant qu’il a été jugé pour avoir pillé des appartements de personnalités en délicatesse), il demande, de sa cellule, à son avocat d’avertir l’un de ses amis afin qu’il passe chez lui récupérer quelques affaires… que ce dernier aurait gardées, après même la sortie de prison en 1945 de Rosembly, celui-ci ne voulant plus avoir d’ennuis. Pour le sel de l’histoire, j’espère que l’on saura un jour ce qu’il en est. Au-delà de tout cela, l’important c’est que les manuscrits soient là. 

15 réflexions sur “Céline, perdu et retrouvé !

  1. Votre nouveau papier m’en bouche un coin, vraiment, Paul… Merci d’avoir écrit votre enthousiasme,
    Je peux comprendre l’état dans lequel il vous a mis, même si vous n’êtes pas un « célinien » fanatique… Nul doute que ce récit va occuper désormais une bonne place dans le panthéon des ‘récits de guerre’ dont vous nous avez entretenus récemment… Bàv,

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  2. Jacques-Pierre, voici mon commentaire, passe-le si tu veux ou garde -le pour toi Amitiés Pierre

    « Vous ne pouvez pas écrire comme vous le faites : » On découvre aussi que le Céline de 1933-34 connait sa valeur désormais et a mal digéré l’insuccès de « Mort à Crédit ». D’abord parce que justement il est en plein doute quand il écrit ce texte, d’ailleurs il l’abandonne en cours de route. Ensuite pour une impossibilité chronologique : Guerre date de 1934; or Mort à crédit est sorti en 1936…:

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  3. Dit-il vrai ou en rajoute-t-il dans cette histoire de fusillade ou ailleurs? il est certain que l’Etat-Major, non préparé à une guerre longue, a été traumatisé par les mutineries de 1917. En quelle année, si temporalité il y a, situe-t-on le récit?
    Le même problème se pose pour d’un Chateau,L’ Autre, ou des historiens ont cité Céline comme source centrale sur Sigmaringen un peu comme Tavernier avait utilisé sans controle St Simon pour la Conjuration de Pontcallec. Et puis, la biographie aidant, on a commencé à essayer de faire la part du littéraire. je crains le problème insoluble.
    Sur l’esthétisation de la Guerre, se rappeler que des peintres suivaient le front pour la bien nommée Illustration. Des représentations de villages vides , souvent ruinés, avec une campagne au loin, pourraient correspondre à l’intermède entre Céline et Cascade.
    Sur la sexualité des infirmières, rien; très possible que ce morceau soit hypertrophié pour viser la seule Craig. possible que ce soit réel, mais il aurait fallu une sacrée conspiration du silence.
    Regrets que Gallimard ait jugé bon de se passer des services de Thibaudat. Il avait fourni un gros travail sur le manuscrit, semble-t-il. Le temps n’est plus ou la maison employait les services d’un Castiglia, bouquiniste de son etat et d’une très grande culture…
    Bien à vous.
    MC

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    • On situe l ‘action de « Guerre » avec précision car Céline est blessé le 27 octobre 1914 à Poelkapelle et il est opéré une première fois le 29 octobre à Hazebrouck.IL est opéré du bras une seconde fois à Villejuif en janvier 1915, début 1915.

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  4. Tout ça donne envie d’éprouver à nouveau la douce violence célinienne, mais il faudra attendre les réassorts, le public a bon goût, semble t il. Le faux « mystère » restera donc du côté des receleurs et autres ayant-droits, en attendant, Gallimard peut ouvrir un compte séparé Céline comme pour Saint Ex.
    Tout n’a sûrement pas été dit sur 14, suffit de lire Audoin-Rouzeau, son récit de filiation pour donner..crédit à Céline.

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  5. Paul, vos conclusions sont un peu hâtives sur deux points…Je ne vois que L’Espinasse qui soit une infirmière obsédée par le sexe, pas « les infirmières » en général. Quant aux fusillades, aucun nombre n’est précisé; on nous dit qu’elles ont lieu le mercredi et le vendredi, c’est tout. Bébert/Cascade a été fusillé parce qu’il était prouvé qu’il s’était mutilé lui-même (dénonciation de sa femme avec preuve écrite en main). Rien n’indique qu’il suffisait d’être soupçonné comme vous l’écrivez, heureusement d’ailleurs.

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    • Closer, A propos des soldats français fusillés, Céline fut très choqué, visiblement par ces scènes répétées. Il écrit ceci dans « Guerre », je cite page 82 : « C’est derrière le grand séminaire dans un enclos qu’on fusillait au petit jour. Une salve, la deuxième un quart d’heure plus tard. A peu prés deux fois par semaine. De la salle Saint-Gonzef j’avais repéré peu à peu la cadence. C’était presque toujours le mercredi et le vendredi. »
      Donc, selon Céline on fusillait régulièrement « deux fois par semaine » dès 1914-1915.Ces fusillades ont tellement marqué Céline qu’il en reparle dans « Guignol’s band » page 205 Edition Folio. Là, le soldat passé par les armes est Raoul Farcy je cite :« On vient le demander un matin Farcy Raoul !Il sortait de la salle des pansements…Les gendarmes l’interpellent, l’embarquent !…Les menottes !..(..) « Mort aux vaches… » Voilà ses dernières paroles !..les dernières que j’ai entendues… Ils l’ont passé deux jours plus tard… .Farcy Raoul…Mutilation volontaire !..2eme d’Af !…C’était vrai ou c’était pas vrai ! ..Ils font comme ils veulent…Ils se foulent pas…Un détachement y a été, des convalescents de l’hosto, ils ont défilé devant son corps…Ils l’ont fusillé à l’aube, dans la cour, la cour Barnabé,du nom de la prison militaire. Il a pas molli… » Mort aux vaches ! » qu’il leur a gueulé comme ça au moment du feu. C’est tout. »
      A propos des infirmières et de leur vie sexuelle, je comprends votre rectification, cependant mais je crois que tout n’a pas été dit sur le sujet dans les romans de l’époque, d’autant que les biographes de Céline savent qu’il a eu une relation suivie et importante avec une infirmière de Hazebrouck, hiver 1914-1915,Alice David, et on parle même d’un enfant illégtime.
      Céline revient là-dessus dans « Guignol’s band » à propos des femmes et des veuves « frénétiques » dans les hôpitaux de Londres .Dans ce roman on retrouve a aussi curieusement un « Cascade » et une » » Angèle !… eh oui mais ces deux personnages n’ont pas le même statut social que les deux autres dans « Guerre » qui portent ce nom.c’est étonnant ces changements de personnages avec un Céline qui garde les mêmes identités. Comme Bébert, personne humaine dans « Guerre » qui devient chat.. plus tard.. dans la traversée de l’Allemagne en feu .

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  6. Ces extraits de Guerre et de Guignol’s band que vous citez sont édifiants sur le passage du témoignage écrit à Céline écrivain. C’est ce que j’ai ressenti, moi lecteur lambda, en reprenant au hasard un phrase de Mort à crédit après avoir lu au hasard un phrase de Guerre ; expérience assez maigrichonne et qui ne saurait avoir valeur de jugement

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  7. Paul Edel, en passant, & malheureusement hors sujet, 2 informations probablement superflues (mais on ne sait jamais) :

    — je m’étais inquiétée ici du silence d’Hélène Lenoir, sans savoir qu’elle avait publié en janvier Sous le voile.
    Sujet atypique pour l’auteur (abordé après avoir découvert « le carnet de novice » de sa mère), traité intelligemment (sans gros sabots polémiques : plutôt qu’une indignation facile, « présentiste » & lourdement guidée, le récit rétrospectif de la protagoniste (fictive) suscite la consternation devant la gâchis ; son caractère de remémoration permet de prendre en charge la transition passé pré Vatican II-présent, & sa diction spontanée, fluide, ainsi que le dispositif discrètement suggéré de l’entretien, qui ns place en position d’interlocuteur recueillant des souvenirs, soutiennent tt du long notre intérêt (même sans tropisme particulier pour cet univers).
    Il y a un autre très beau portrait de femme, ds la 2ème partie du livre, celle qui comporte un « love interest », un élément d’intrigue amoureuse : l’accès à la vie intérieure de cette Marie-Henriette, pauvre petite fille riche, épouse amoureuse & jalouse, dame patronnesse malgré elle, en fait un personnage attachant (& un correctif aux habituels récits triomphants des praticiens de la médecine mentale). Tt cela en 200 pages d’une prose tjs aussi subtile & elliptique, ds une composition incroyablement maîtrisée (discrète révélation à la fin, qui incite à relire l’ensemble car elle permet d’intégrer différentes petites touches d’information, même si l’intérêt du roman ne se réduit pas à cela).
    Ce à quoi chaque lecteur ajoutera bien évidemment ses propres échos intertextuels.

    — On signale sur le site Fabula une nouvelle publication, aux éd. Fario, de l’Essai sur Stendhal de Paul Valéry, originellement une préface (de 1927) à Lucien Leuwen, vs devez donc connaître.

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  8. Précisions :
    — « donc », en raison de votre intérêt pour ce roman-là, & non ds l’intention de vs faire passer pour Mathusalem.
    — & c’est parce que je sais que vs appréciez H. Lenoir que je me suis permis de parler aussi longuement de ce roman.
    Bonnes lectures à toutes & à tous.

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  9. Je me demande si cette Lespinasse n’est pas un renversement carnavalesque de Julie de L ´Espinasse, et de sa Cour d’ amoureux -la dame avait un beau tableau de chasse/ sur le mode des morts illustres de Rabelais ramenés à des professions dérisoires. Énee calfateur, Didon harengère, et ici, en lieu et place d’intelllectuels , un régiment de l’armée française. Le passage pourrait alors se lire comme un règlement de compte vis-à-vis du Dix-huitième siècle plus que comme un témoignage historique. On retrouvera cela dans l’exhumation du terme de Rigaudon, indissolublement lié à Rameau, pour un roman qui est tout sauf une dix-huitiemerie à la manière d’Henri de Regnier. Cette mise en abyme du dix-huitième siècle aurait alors valeur de mise à mort. Ce qui idéologiquement parlant concorde avec l’esprit du temps ( Maurras mais pas. que lui.). Bien à vous. MC

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