Le Café « Chez Irène »

Je dors peu ces derniers temps et je rêve beaucoup.Mais ce sont toujours les mêmes rêves qui reviennent.Je me retrouve jeune journaliste à Paris-Normandie obligé par la rédacteur en chef de n’écrire que sur les concours de châteaux de sable. C’était l’époque où je me disais que ma carrière était fichue pour triompher dans le Nouveau Roman.

Désormais, à la retraite, dans un manoir délabré qu’on me prête, je me me rase chaque matin prés d’une lucarne où passe avec indolence quelques vaches encroûtées de boue .

Dans la cour , tout est noyé dans le brouillard, je cligne des yeux pour savoir pourquoi je vois un rond noir dans tout ce que je regarde. Mais tout,   l’herbe, les arbres, la clôture, le chemin reste d’un gris parfait avec un rond noir. Quand je sors pour chercher le courrier, une odeur de brûlé vient de la ferme voisine. Dans la boite rouillée le facteur n’a laissé que des prospectus pour des rabais insensés sur les côtes de porc première et un catalogue pour l’outillage agricole.

Enfin, vers dix heures et demi les haies et les chênes du bocage émergent . La ligne de bouleaux offre son frémissement argenté. Je monte dans la 204 et prends le sentier à travers les prairies.

Mon rêve de la nuit s’évapore en parmi les vallons, les boqueteaux, les chênes, des ruisseaux, des clôtures, quelques fermes massives cachées par les broussailles.

Après l’ interminable allée majestueuse bordée de chênes du château de Beauregard , je rejoins, alors le carrefour Croix-des-femmes .

La route étroite qui traverse la sapinière apporte des bouffées d’écorce humide, d’humus, de feuilles pourries .Le récent travail des bûcherons a libéré toutes les substances boisées et résineuses du sous-bois.

Les nuages cavalent dans le pare-brise et donnent une idée de l’ampleur du ciel . Après la carrière surgissent les premières maisonnettes de Lanhélin, granitiques, léthargiques, serrées, engourdies, avec leurs rideaux effrangés.

J’aime cette grande rue morose , ce double alignement de maisonnettes toutes simples, toutes pierreuses, avec des taches de mousse contre les cheminées, avec les courettes qui furent longtemps de terre battue .Les jardins minuscules sont enclos des hauts murs à glycine. Je les connais bien ces demeures avec leurs cuisines aux poutres basses, qui sentent la suie, et le vaisselier bien ciré avec leurs faïenceries, les portes vitrées à loquet de fer , le carrelage bien ciré , le linge en pile, et la photo ovale sépia dans le cadre doré : une vieille femme à chignon au bras d’un homme à moustache et gilet à double rangée de boutons .Et les vestes de chasse qui pendouillent sous l’escalier , et ce tiroir en zinc qui conserve la cendre de au pied du poêle, et l’escalier étroit qui grince et les chambres aux édredons énormes ,rebondis, qui absorbent les enfants chahuteurs tout nus après le bain. Je retrouve les traces de salpêtre sur les plinthes, sans oublier le réduit étroit ou la fille de la maison soupèse sa chevelure et ses seins. Et la pendule sous globe qui tinte dans la chambre d’ amis,celle qui garde les froids de l’hiver sur son papier à fleurettes et ses bergeries .Dehors le caniveau garde la rigole blanchâtre de la lessive.

Le clocher massif émerge sur un ciel maussade.

Je gare la voiture prés la charpente écroulée et noircie d’une étable qui n’a pas été déblayée depuis son incendie. L’ensorcelante odeur de fumier m’accompagne jusqu’au parking proche du café-tabac Chez Irène. Là, tout est sombre et bas avec des reflets de bouteilles.

Pendant que la patronne fagotée de châles pelucheux se contemple le cou, je m’installe contre la fenêtre avec un verre de blanc . La lumière de la rue se fait sombre, orageuse, les toits sont encore vernis de la récente averse. Dans la courette gravillonnée, en face, je reconnais Lucien,le tailleur de granit, à son incroyable casquette de toile avec des oreillettes de fourrure , son visage long,sa moustache noire, pas rasé. Il est en train de polir le dessus d’une tombe avec une sorte de petite meule qui dégage une fine poussière farineuse. .Puis il s’arrête, allume un bout de cigarillo avec un briquet à la flamme molle et fumeuse, inspecte d’un regard caressant ,puis vérifie de la paume la surface luisante du granit gris-bleu pour voir si elle est bien lisse .Il va chercher dans une sacoche de son vélo une sorte de gamelle à fricot et la pose sur la tombe comme si c’était une table de ferme.

Sur le comptoir, les deux chats persans sont alanguis prés de la vieille machine à café avec un levier chromé. L’un possède un strabisme qui me fascine et l’autre garde immobile son regard d’opale lacustre. Soudain fracas vitré de la porte,les félins rabattent leurs oreilles tandis trois jacassants ouvriers en salopette débarquent dans la salle avec leurs tatanes boueuses. D’un coup de queue fulgurant ,un des chats s’esquive vers la cuisine, l’autre, avec ses épaisseurs moelleuses , étire ses pattes, évalue avec mépris le chambardement puis se retire sous le bac à vaisselle .

La fille d’Irène sort de la cave . C’est une étroite blonde,pull col en V , vieux jean savamment tailladé et chaussures de bateau . Son prestige vient d’un été, quand elle seconda la script d’Eric Rohmer dans un film tourné à Dinard. Elle a des sourcils dessinés au crayon marron gras,les oreilles et le nez ornés de bidules chromés ; elle m’impressionne toujours avec ses yeux de biche au regard indolent, son air fatigué, son pull rose ouvert sur un poitrine hâlée , précise et menue.Elle esquive les clients collants avec une grâce féline . Son côté éternellement enrhumé lui donne du charme. Elle s’installe au bout du bar et ouvre une boite de fer Pastilles Vichy pour compter ,méthodique, la monnaie de la veille. Au-dessus d’elle est pendu dans le sous -verre l’ancêtre magique, la légende familiale, le spahi Gustave Trévenec, le cavalier magnifique aux culottes bouffantes, à la cape qui s’envole sur fond de collines de sable et d’ oued. .Il a parait-il pacifié l’Algérie en exterminant davantage de gazelles que de barbares à babouches. Le dimanche une groupe de chasseurs écarlates s’ aligne contre le zinc et ramènent tout au déclin du pays et au féminisme agressif.

Le Spahi glorieux brille au-dessus d’eux . J’essaie d’y voir clair dans mon passé, ma famille volée en éclat, les silhouettes floues de femmes qui se sont penchées tendrement sur moi,en essayant de cerner dans la pénombre si instable de mes souvenirs celle qui m’a ébloui . Qui fut vraiment la plus déchaînée ? Mais tout me ramène au cimetière à deux pas d’ici .C’est là que repose mon ami d’enfance, si fidèle au communisme, et qui finit sa vie en pyjama.

Revenons au café . Les cascades de pièces de monnaie insérées dans le Wurlitzer me sortent de ma rêverie noire. Un 45 tours grésillant ressuscite la voix égarée,brumeuse, transie , de Suzy Solidor . Raoul Vernois surgit dans un claquement de porte. C’est un colosse aux vêtements trop larges. Son père ,entre deux guerres, fit fortune en vendant des homards dans les restaurants le long de la côte entre Saint-Lunaire et Cancale. Le fils ,lui, attiré par la capitale géra un vin-charbons anachronique dans une rue tordue entre la place Monge et la Mosquée . Vingt quatre ans à ruminer son sentiment d’exilé derrière son comptoir,dans un immeuble vétuste qui vibrait au passage du métro.

La cinquantaine venue, il sentit qu’il perdait pied dans cette espèce de loge de concierge qui lui servait de taudis et de tanière .Les grèbes, les bernaches, les avocettes , les étangs du bocage breton lui manquaient. Ce fut comme une maladie soudaine , lui, le paumé timide désorienté dans cette peuplade de parisiens qui s’enchantaient de faits divers idiots . De plus il en avait assez de toutes ces femmes cambrées, laiteuses, fières, jambes soyeuses, qui passaient devant la boutique sans jamais le voir. Après un soir de réveillon de Noël passé seul dans l’odeur de son cigare, il prit une décision, bazarda son vin-charbons, loua une ancienne boutique d’articles de pêche au Vivier-sur-mer, dans la baie du Mont Saint-Michel ; il la repeignit en blanc , acheta des fauteuils de rotin, des coussins en mousse façon pull marin, transforma le local en bar à dégustation d’huîtres. Il acheta aussi un vélo de femme avec sacoches et désormais roula contre le vent parmi les étendues marécageuses. Il exulta : la baie, les oiseaux de mer, les peupleraies,le gargouillis des écluses, tout ça rien que pour lui…Les orages blanchissaient l’horizon vers Cancale.Il humait le soir les nuées salines qui venaient du large, mangeait des gaufrettes en regardant les carrefours plats, tous déserts en basse saison. Les vastes zones conchylicoles désolées le fascinaient.

Imaginez l’euphorie retrouvée face aux étendues aqueuses. Des espaces qui s’argentent, d’inlassables passages d’oiseaux, des sonneries de cloches apportées par des rafales, des barques désossées devenues des squelettes de goudron paumées dans les roseaux , tout ça devant chez vous..Comment avait-il pu s’asphyxier pendant plus de vingt ans dans les ruelles couleurs de suie du quartier Monge  avec ses casernes ?

La baie, et Dol, avec ses marais, ses terres blanches , ses saules argentés, lui donnèrent une seconde jeunesse .

Mais il a un secret,Raoul. Saoulé de solitude et de parc à huîtres il rejoint la civilisation chaque semaine et file  » chez Irène ». Il aime la foule du PMU ,la patronne, son crayon, planté dans le chignon, sa grande fille enrhumée, le spahi pendu au mur, les rubans couleur miel ou sont engluées des mouches mortes.

Au troisième Pernod il décroche alors le torchon pendu prés du calendrier des pompiers, ceint son ventre de cet humble linge . Il glisse alors une pièce dans le Wurlitzer. Tintamarre d’une version pour bandonéon du « Lac des cygnes » d’après Tchaïkovski , cette ambiance le métamorphose en ballerine  tandis que le torchon devient une corolle virevoltante vaguement tutu. Il s’élance entre les chaises se casse, se cambre, se délie, se replie, arrondit ses bras, pose ses mains de martyr sur sa figure, trotte menu sur la pointe des pieds le long du bar, se rencontre dans la glace , se câline du regard, vibre, vaporeux, prie , disparaît, surgit, puis en détente folle, bras en corbeille s’incline devant la patronne et sa fille, enfin il s’agenouille en battant des ailes pour devenir l’oiseau immaculé. Un corps de ballet à plumes blanches est vraiment là.

La patronne aux noires prunelles surveille l’équilibre des carafes sur les tables. Au final l’artiste, folle toupie en sueur, arrache le bout de linge, remet un pan de sa chemise dans son pantalon et salue . Quelques applaudissements traînent ,mollissent et s’ éteignent.

Chacun s’épaissit devant son Cinzano ou vérifie son tiercé. Raoul replace une fois de plus un pan de sa chemise dans son pantalon,mais cette fois, en desserrant sa ceinture de cuir tressée. Les uns pensent que Vernois danse au-dessus de ses moyens, d’autres que le génie fermente bizarrement chez ceux que la capitale a rejeté.

Je rentre au manoir dans cette route étroite avec l’abri bus d’un rouge vieux et indien . Un continent de nuages gris dérive vers Dol puis tout devient bleu et limpide je passe le long d’ un étang véritable et une sorte de héron blanc diaphane qui réfléchit, debout, figé, hautain, une patte grêle plantée dans un miroir.

Dans la cour du manoir j’entends d’infimes craquement des pies qui sautillent parmi des branches mortes, quelque chose de gai, de frêle et de récréatif –ce délicat sautillement mécanique d’oiseaux fait ma journée.

Bernanos, toujours aussi brûlant…

J’avais lu il y a plus de quarante ans ce « Journal d’un curé » de campagne »,puis relu régulièrement, avec, à chaque fois un attachement différent et remarquant des passages des personnages, des scènes, et des registres différents. Chaque relecture, au fil des ans est une redécouverte. Quasi complète. Mais toujours sidéré par la proximité de ce jeune curé malade avec tout lecteur, croyant ou non. Ce sont ses difficultés, son impuissance, ses troubles, qui le rendent si attachant car il éprouve de la difficulté à prier, se sent mal à l’aise dans sa paroisse, se sent dépassé par une mission pastorale trop lourde pour lui ,et lucide -parfois jusqu’au masochisme- sur son immaturité. Bernanos lui-même avait souvent déclaré que c’était son texte préféré. « L immense service que me rend ce journal est de me forcer à dégager la part qui me revient de tant d’amertumes.Et cette fois encore il a suffi que je posasse la plume sur le papier pour réveiller en moi le sentiment de ma profonde, de mon inexplicable à bien faire, de ma maladresse surnaturelle. » Ce journal tenu sur un cahier d écolier n’est pas complètement un soliloque, c’est à la fois un dialogue avec soi-même, et aussi, une adresse « vers je ne sais quel auditeur imaginaire » sans oublier une confrontation avec l’enfant qu’il a été et le jeune séminariste qu’il fut. Enfin c’est un « prolongement de la prière ». ce qui frappe c’est que le curé d’Ambricourt ne se contente pas de noter les évènements, les rencontres, les projets pour sa paroisse, c’est aussi une manière de revenir sur les journées précédentes, se juger et se corriger, et revenir sur ses erreurs, c’est une perpétuelle réinterprétation de ce qu’il a éprouvé, constaté, jugé. Sans cesse cette nature inquiète cherche les sources de sa Foi et trouve le néant, sans cesse, il s’interroge, se sépare, se divise, s’exclut, cède au desespoir, si’nscrit dans le filigrane de Dieu, s’en éloigne. A peine l’aube est-il arrivé, que le soir l’étreint .Il cherche également ses paroissiens,il ne trouve que rumeurs, plaintes, anecdotes, confusions,aboulie, ricanements, morsures, il est cerné par la boue humaine.Il voudrait lutter pour les autres et découvre qu’il ne lutte que pour lui-même. Finalement le silence d’un village entier l’asphyxie. Il ne sort pas de sa nuit, et l’église étant sa tanière, il n’entend soudain que le froissement du vent.La plupart des autres l’oublient, et ceux qui prennent un verrte de vin avec lui le regardent comme un vaincu. Il se trouve en désarroi devant cette énigme qui s’appelle  » la vie des autres », et son appel au divin, à la grâce finit dans des sables mouvants. Pourquoi l’aime t-on quand même à la façon du curé de Torcy, c’est qu’il ne cède pas. Est-il éveillé, ou endormi? On ne sait pas, ce qu’on sait en revanche c’est qu’il brûle.

Ce « Journal » est un livre de ratures et de corrections, de désolation mais écrit par quelqu’un qui cherche un coin du verger de Dieu au milieu des ténèbres, une méthodce pédagogique de rectification pour s’améliorer au milieu d’une ombre qui court devant lui. Avec ce journal, le prêtre « paralysé de timidité », « incapable de tenir une conversation », ignorant de détails élémentaires de la vie pratique » vit sa recherhe comme une redoutable punition. Il ne sait ni cuisiner ni se nourrir convenablement ni entretenir son presbytère ni négocier le prix du vin de messe.Il fait des dettes chez le boucher et chez le marchand de charbon. Enfin il ne soigne pas ses in insupportables douleurs d’estomac,héritage, selon le docteur Delbende, d’une lignée d’ancêtres alcooliques.

C’est la grande originalité de Bernanos . Il présente un personnage faible, maladroit, indécis, au contraire d’un Mauriac qui sonde ses personnages avec l’autorité d’un grand chirurgien des âmes. Bernanos,lui, confie son récit à quelqu’un qui dit « Je ne sais rien des êtres.Je n’en saurai jamais rien.Les fautes que je commets ne me servent pas:elles me troublent trop. J’appartiens certainement à cette espèce de faibles, de misérables ,dont les intentions restent bonnes ,mais qui oscillent toute leur vie entre l’ignorance et le désespoir ». Ce n’est pas l’avis du brave curé Torcy, ni celle du Docteur Delbende, les deux personnages qui le comprennent , le soutiennent et le réconfortent avec paroles de tendresse et franchise.

Le doyen de Blangermont le soutient mal .Il lui fait la leçon dans une parfaite langue de bois hiérarchique ,mais l’incompréhension est évidente entre les deux hommes. Pour le reste, c’est indifférence, méfiance, et souvent hostilité de la part du village balayé autant par les pluies que par l’ennui . Quand le jeune curé propose de fonder

Le comte, arrogant, entouré de ses chiens, se méfie de ce jeune homme « brouillon » . La comtesse est inaccesible figée dans la douleur de la perte d’un enfant. L’institutrice , venue parler du cas de Chantal la fille du comte, (« nature passionnée, bizarre » ) laisse une impression « suspecte » aux yeux de notre jeune curé. Il est évident que la démarche de l’institutrice et surtout son « conseil » froisse la susceptibilité du jeune curé. .Lorsque l’institutrice vient se confesser, elle ne se distingue en rien des autres pénitents dont il est dit : « à force d’habitude , et avec le temps, les moins subtils finissent pas se créer de toutes pièces un langage àeux,qui reste incoryablement abstrait ». C’est donc, aussi un constat d’échec dans la pénombre du confessionnal.

Echec aussi pour former,auprès des jeunes en fondant une association sportive. Très peu y adhèrent, et mollement., c’’est l’échec.

C’st dans la second partie du roman que beaucoup de lecteurs et critiques ont vu le point culminant du texte et la victoire du pretre lorsqu’il réussit à sortir la Comtesse de sa prostration, de son amertume, pour la ramener à Dieu.Je perçois surtout un coup de force d’une d’un timide ,une bousculade brutale face à une vieille châtelaine figée dans le deuil. Car la Comtesse, devant le feu qui pétille dans le salon est une pauvre femme exténuée, « qui tremble comme une feuille «.  L’attaque du curé pour la ramener dans la Foi est d’une telle violence que la malheureuse finit par jeter dans la cheminée ler médaillon qui contient une mèche de cheveux de son enfant mort.Cette scène qui a beaucoup frappé la critique, admirative à l’époque, est choquante.ce n’est pas le meilleur du texte, trop mélodramatique, caricaturale et qui ferait détester la mission pastorale si elle était ainsi menée. La pauvre, d’ailleurs, en meurt. Le geste emphatique et incongru du prêtre qui veut rattraper le médaillon qui brûle dans la cheminée. n’aboutit qu’a brûler l a manche de la soutane de notre impétueux abbé.

Là n’est pas le meilleur de Bernanos : c’est une théâtralisation grand-guignolesque.

Un moments les plus troublants, les plus forts, reste la rencontre, de Mademoiselle Chantal, la révoltée contre ses parents. Cette rencontre a lieu d’abord dans la sacristie, et ensuite devant l’autel. Chantal « son mince visage encore plus torturé qu’avant hier, , et il y avait ce pli de la bouche, si méprisant, si dur. » Cette révoltée qui « débite des folies » trouble le jeune prêtre. Le visage de la jeune femme s’approchant de lui le met face au mystère féminin. Il avoue crûment : »C’est à ce moment-là seulement que j’ai comris la secrete dolmination de ce sxe sur l’histoire, son espèce de fatalioté. « .Plus loin : « Je ne savais rien de cet emportement silencieux qui semble irrésistible, de ce grand élan de tout l’être féminin vers le mal, la proie-cette liberté , ce naturel dans le mal, la haine, la honte..Cela était presque beau, d’une beauté qui n’est pazs de ce monde-ci -ni de l’autre- d’un monde plus ancien , d’« avant le péché, peut-être ? D’avant le péché des Anges. J’ai repoussé depuis cette idée comme j’ai pu. » On opeut longuement gloser sur ce passage et l’attitude et les désarrois de l’Église devant les femmes…IL’écrivain précise : »Le visage de Melle Chantal était tout prés du mien.L’aube montait lentement à travers les vitres crasseuses de la sacristie, une aube d’hiver d’une effrayante tristesse. »Les quatre pages suivantes sont aprmi les plus secouantes. Devant cette jeune femme blessée

et insurgée , brûlante, et , qui se tait soudain, le prêtre est en désarroi.Mais il subit également une métamorphose et glissment. Grand moment . Le prêtre entraîne Chantal dans le confessionnal. Et Bernanos avoue que « dans ce trou d’ombre » il ne reconnaît pas le visage de cette pénitente .Plus loin : « L‘image se tenait là, sous mes yeux, dans une sorte d’instabilité merveilleuses, et je restais immobile comme si le moindre geste eût dû l’effacer.(..) Je me demande si cette espèce de vision n’était pas liée à ma prière, elle était ma prière même peut-être ? «  Il y a alors ,un abandon, une docilité sacrée,un flux, bref une communication extraordinaire,comme il n’en a jamais rencontré, devant l’image féminine. La surprise de cette rencontre fracture le roman et ote cette angoisse que le prêtre traine de page en page. C’est dans ce passage que je sens le mieux le total dénuement, la stupeur, une vraie brèche. C’est là le talent de Bernanos,fait d’ambiguïté, de sincérité, de questionnement vrai , de trouble et d’erreurs assumées . Bernanos nous fait partager une expérience vécue, élémentaire, espèce de dénudation de l’être. Il est un des rares écrivains catholiques à réussir ça. Il semble presque indiquer une approche physique de la grâce. On se demande aussi si ce moment de bascule, ne met pas en cause, ici la notion de péché originel. » c’est un moment de tension réussi, où le courage de la vocation trouve une limite, une vérité, une espèce de naissance, quelque chose qui tire le prêtre de son sommeil , un de ces moments où ,en un éclair, il sort de sa nuit et de ses angoisses. Comme toujours, dans les meilleurs textes de Bernanos ,l’épreuve inattendue fracasse le miroir des apparences., ces apparences qui banalisent tout et transforment les actes de la vie ordinaire et la suite monotone des jours en un demi sommeil.

Il y a un autre moment que j’aime bien, c’est bien sr la virée à moto que lui propose Olivier, neveu de Mme la comtesse , sirte de tête brûlée sympathique. Pure joie physique de la vitesse à travers la campagne. – « Où allez-vous, monsieur le curé ? » – « À Mézargues. » – « Vous n’êtes jamais monté là-dessus ? » J’ai éclaté de rire. Je me disais que vingt ans plus tôt, rien qu’à caresser de la main, comme je le faisais, le long réservoir tout frémissant des lentes pulsations du moteur, je me serais évanoui de plaisir. Et pourtant, je ne me souvenais pas d’avoir, enfant, jamais osé seulement désiré posséder un de ces jouets, fabuleux pour les petits pauvres, un jouet mécanique, un jouet qui marche. Mais ce rêve était sûrement au fond de moi, intact. Et il remontait du passé, il éclatait tout à coup dans ma pauvre poitrine malade, déjà touchée par la mort, peut-être ? Il était là-dedans, comme un soleil. »

Cette joie pure, enivrante,physique, à parcourir les routes de l’Artois de son enfance sur une moto, c’est une parenthèse de jubilation,un rare moment heureux dans un chemin de croix.

Le meilleur de ce « Journal » vient aussi du paysage . C’est l’odeur mouillée de la terre, les rafales de vent, la boue des chemins, un horizon de bois, de haies vives, de paysages rincés d’averses. Et les eaux fortes des villageois . Il y a des visions sèches à la Cézanne ,  l’odeur de bière dans les estaminets, un comptoir avec des visages durcis par l’indifférence et la résignation. On dirait accoudées au bar , des bêtes rusées, un peu abruties devant un abreuvoir et qui ruminent sans doute un peu de pauvre luxure en lorgnant la serveuse.

Le curé parle d’un « étang d’eau croupissante », suggérant ainsi que cette paroisse s’enfonce spirituellement . L’église la nuit, résonne de vent, de grondements, les portes grincent, et la nef ou la sacristie recèlent tant d’ombres qu’elle devient presque un décor de peur . On frôle le fantastique .

La troisième partie du livre est courte .C’est la mort annoncée, vécue, acceptée. Le curé d’Ambricourt, venu à Lille chez un docteur Laville, qu’il ne connaît pas et qu’il a trouvé dans un annuaire en se trompant de nom ! Il apprend alors que son cancer de l’estomac lui laisse quelques semaines. Et,comme souvent chez Bernanos, le médecin est un être de compréhension, soigne autant l’âme que le corps. La scène d’une reconnaissance intime ,est vraiment à relire:le médecin inconnu le reçoit dans son salon en désordre au milieu des poupées de chiffon et de jouets. L’enfance est là. Le prêtre voit soudain un double dans ce médecin, qui lui avoue,que pour lui aussi, la mort est proche., elle les lie. C’est alors que toutes les peurs qui assaillaient la veille encore le prêtre disparaissent.  »Voir monter l’aube », « retrouver le ciel d’hiver,si pur », voilà ce qu’il reste.

Bernanos écrit : »Le monde visible semblait s’écouler de moi avec une vitesse effrayante et dans un désordre d’images ,non pas funèbres, mais au contraire toutes lumineuses,éblouissantes. Est-ce possible ? L’ai-je donc tant aimé ? Me disais-je. Ces matins, ces soirs, ces routes. Ces routes changeantes,mystérieuses, ces routes pleines du pas des hommes. Ai-je donc tant aimé les routes, nos routes,les routes du monde ?  »Il mourra quelques heures plus tard, logé chez un compagnon de séminaire devenu représentant en fournitures de droguerie, prêtre défroqué qui vit avec une femme de ménage qui porte en elle une forme se sainteté.

On connaît le mot de la fin du prêtre « tout est grâce ».

Pour conclure je voudrais citer cet extrait des « Grands cimetières sous la lune » qui éclaire des pans entiers de l’œuvre de Bernanos en évoquant cette source inépuisable, l’ enfance. : »Qu’importe ma vie ! Je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus . Oui, ce que j’ai d’honneur et ce peu de courage, je le tiens de l’être aujourd’hui pour moi mystérieux qui trottait sous la pluie de septembre, à travers les pâturages ruisselants d’eau, le cœur plein de la rentrée prochaine, des préaux funèbres où l’accueillerait bientôt le noir hiver , des classes puantes, des réfectoires à la grasse haleine, des interminables grand’messes à fanfares où une petite âme harassée ne saurait rien partager avec Dieu que l’ennui- de l’enfant que je fus et qui est pour moi à présent pour moi comme un aïeul. »

Ma belle baigneuse

Chaque jour, avant huit heures, je m’installe au bord de l’eau. J’aime cette heure, cette tranquillité le long de la baie, le ciel gris, le silence miroite, les villas aux volets fermés , le gargouillis de la marée qui monte . La baie et ses multiples criques devient un lagon de mercure. Je me réfugie ici pour fumer une première cigarette. Là où je m’installe il y a deux roches plates aux stratifications couleur de plomb qui affleurent au-dessus de la pente de sable. Derrière moi , la route quasi déserte n’est empruntée que par les camionnettes des ostréiculteurs. Enfin j’aime cet endroit pour son haut talus dunaire orné d’asters et de silènes, que le vent fait vibrer .

Il y a sept ans, chaque matin, j’attendais une belle baigneuse .

C’était une grande jeune femme d’environ trente ans. Elle apparaissait souvent un peu avant neuf heures sur l’unique route de la presqu’île, démarche souple et lascive dans un peignoir blanc . Elle venait de la grande villa faussement Renaissance qui surplombait le port, celle avec des tourelles , des pignons, des vitraux  et un charmant auvent ardoisé.

Les gens du village racontent que dans les années 80 une bande « de hippies » avait envahi la villa et que ça sentait le hasch jusque sur le parking du port.

Quand je passais , il y a sept ans, devant chez cette villa « Roc Choquette » , par les fenêtres ouvertes j’ entendais l’Album Blanc des Beatles ou le lancinant Sunny Afternoon des Kinks. Bon choix Cette jeune femme était toujours seule,portait une longue robe flasque curieusement peinturlurée de mauve et de brun ,avec une échancrure pour laisser voir le creux bruni de son épaule gauche. Elle flânait dans le jardin, souvent avec un chapeau de paille immense ou lisait des bouquins anglais,installée de travers dans une chaise longue avec un lapin blanc logé dans le creux de ses jambes. Quand j’y repense j’ai l’impression de voir une de ces vieilles diapositives saturées de soleil et toute pâlies qu’in oublie dans une boite à chaussures. J Je fus souvent tenté de sortir mon petit compact Minolta pour la photographier tellement je la trouvais splendide. Je gagnais ma crique préférée en me répétant « jolis seins jolis seins vraiment » comme on se répète une comptine.C’est vrai qu’ il émanait d’elle quelque chose de libre, de nonchalant, de sexy, de coquin dans sa démarche et ses moindres gestes, quelque chose que je n’ai jamais retrouvé chez aucune autre femme.

Elle ressemblait à l’actrice suédoise Bibi Andersson: même petit nez court, même regard vif , scrutateur, quand elle me regardait , mais corrigé par une moue coquine avec une lèvre inférieure délicatement ourlée . C’était vraiment une copie de Bibi Andersson dans les deux films de Bergman que je préférais , Persona, et Les Fraises Sauvages . Donc elle ’étendait sa serviette de plage d’un blanc immaculé pas loin de moi, dix mètres à tout casser. Elle prenait soin d’elle avec des tas d’onguents , de crèmes, de tubes et de sticks;elle savourait l’air frais quelques minutes avant de plonger dans l’eau calme de la baie.

Je me souviens qu’elle aimait examiner son visage dans un miroir minuscule,comme pour vérifier l’étrangeté minérale de son front et de ses pommette ou l’arc parfait de ses sourcils . Puis elle quittait son peignoir pelucheux beige et avançait avec prudence vers les premières vagues, et enfin elle glissait sournoisement dans l’eau. Son éloignement et sa disparition complète dans la baie me surprenait toujours comme un moment désagréable qui me laissait démuni . L’absence. Je me répétais ce mot « absence » ,oui l’absence de cette nageuse me restait mystérieux . Les gens sont là, rient et plaisantent autour d’une table, ils bavardent,ils blaguent ,ils vous touchent l’épaule ou le bras, vous sortent de votre torpeur, et le temps que vous preniez un sucre dans le sucrier ils ne sont plus là. , disparus dans le petit escalier qui mène au port, on entend leurs rires qui s’éloignent. Sur la table subsiste le désordre du petit déjeuner, avec les tasses vides et poisseuses, le cendrier plein de mégots, une boite de cacao rouillée, le bocal de confitures d’orange qui attire une guêpe.Voilà ,il y avait encore un instant des bavardages, des cris d’enfants, des jeux de mots pathétiques et soudain , le silence, le monde vaste et désert de la presqu’île bourdonne , un mirage , le rien, les éclats de l’eau, l’arène vide,profonde et bleue du ciel. C’est un phénomène curieux, un peu insaisissable qui hante mes étés . Faire comme si c’était banal.

Pendant ce temps ma belle nageuse avait disparu vers le large. En l’attendant je craquais des allumettes, avec un bout soufré jaune ; elles s éteignaient dans les vaguelettes avec un minuscule chuintement.Pourquoi est- ce je faisais ça ? Je ne sais pas. C’était comme une offrande, une expiation, un vœu.

Je craignais que la nageuse ne revienne jamais et que la presqu’île se réduise à nouveau à un banal coin de terre brune venteux avec ses pentes rocheuses pelées et ingrates annonçant la mauvaise saison.

Quelques traînées de nuages se dissipaient, j’écoutais les discrets écroulement et chuintement du sable coulant sous mes pieds. La matinée était à l’abandon quelques vagues étincelaient. le Temps alors m’appartenait comme il n’a jamais appartenu à personne.

Deux ou trois jeunes sportifs passaient en courant sur la route et me saluaient

Je me demandais si Bibi Andersson était morte ou si elle vivait encore quelque part sur une île suédoise. Je l’avais croisée il y a plus de vingt ans sur un trottoir à Saint-germain des Prés. Elle courait d’une manière désordonnée pour rattraper un taxi et je l’avais trouvée stupéfiante de beauté.J’avais lu, plus tard, dans un magazine, qu’elle avait eu une période hasardeuse de sa vie à la recherche de n’importe quel partenaire.

Il était presque dix heures et demie , le ciel se partageait avec une zone plus limpide et plus froide , le temps changeait , des vaguelettes clapotaient plus proches de mes jambes ,les nuages vers le port formaient des amoncellements de neiges légendaires . J’aimais ces moments étonnants de silence, quand le vent tombe et que des grains de mica scintillent dans les fissures qui creusent le remblai. C’est comme si on pouvait deviner la vie secrète des couches géologiques, les Temps Anciens reviennent , quand la terre était déserte et peuplée de sauriens endormis. J’aimais aussi imaginer la vie secrète de ma nageuse. J’avais envie de connaître ce qui l’exaltait ou la tourmentait .J’imagine qu’avec une telle beauté , une telle attraction érotique , sa jeunesse avait dû être un tourbillon radieux de soupirants intimidés , tout ceci avait dû embellir son adolescence et rendre fastueuse son entrée dans la vie adulte .Quel effet cela avait-il eu sur son caractère ? Est-ce que ça avait fouetté son appétit de vivre et donné une frénétique envie jouir des corps des hommes et des femmes  ? Avait-elle éprouvé une certaine culpabilité en faisant naître autant de désirs ? Gardait-elle d’ obsédants souvenirs ,certains obscènes ? Je ne sais pourquoi, mais je l’imaginais en étudiante sérieuse gagnant les Beaux Arts, chemisier beige et jupe droite caramel , élève réservée, hyper sérieuse, serrant son carton à dessin dans les couloirs . Je la voyais assise sur un tabouret, face à un Hercule de plâtre choisissant un fusain avec minutie. Je la voyais concentrée sur les tuniques plissées d’Hélène de Troie ou de Cérès.

Un matin du début juillet, elle sortit de l’eau , courut s’enrouler dans son peignoir et me fixa avec une moue ironique qui devenait gênante.

-Vous habitez dans le coin ?

Je répondis bêtement :

-Oui. La petite maison de pêcheur, tout au bout.

-Moi j’habite la maison blanche avec les volets bleu pâle.

– Je sais. La Villa Renaissance.

Elle brossa ses cheveux et remit un peu de rouge sur ses lèvres.

– Je pars dimanche.

– Demain ?

-Hmm.. Demain matin.

Elle fouilla dans son sac et sortit une paire de lunettes d’un bizarre galbe ovale, des verres bombés vert étang qui ressemblaient à des yeux d’insecte . Elle souffla sur les branches .

-Vous êtes arrivée en Juin ?

– Oui. Mon deuxième été. Je suis venue deux étés.

Il y eut un long silence. Elle enfonçait ses doigts dans ses cheveux ébouriffés.

Puis :

– La Bretagne, c’est fini. Je retourne à Bruxelles.

-Ah..

-Déroute financière . Mon mari. Déroute conjugale. Fin de partie.

Elle fouilla tranquillement dans son sac et en sortit un sachet avec des cacahuètes dont elle déchira la cellophane.

Elle me le tendis :

-Non merci.

L’horizon étincelant de la baie était devenu un ennemi. Je hasardai :

-La première fois que je suis venu,ici c’était un chemin de terre.

-Vous veniez ici enfant ?

-Presque.

Je précisai :

-La première fois que je vous ai vue , une bande d’enfants jouait avec un tonneau de goudron laissé par les Ponts et Chaussées .

-Oui, je m’en souviens.

Nous restâmes sans rien dire, le sable coulait entre mes doigts. Je me souvenais de la chaleur étouffante du mois de Juin, quand elle était venue dans une Volvo argentée qui avait des traces de rouille.

-Vous portiez une robe étroite en maille large, marron, et des collants noirs.

– Quelle mémoire…

La baie prenait une lumière d’estuaire. Elle inclina la tete comme pour offrir son visage au soleil. Les ailes de son nez avaient légèrement pelé.

-Parlez moi de vous,dit-elle.

-Rien à dire

– Vraiment ?

-Je vends des châssis de fenêtres. Je suis ce qu’on appelle un cadre commercial.

Je dis :

-J’aime être ici.

-Je sais.

Elle ajouta :

-Je rentre à Bruxelles tôt demain.

Elle sortit un portable du sac, pianota dessus mais n’obtint pas de réseau.

-Mon mari est en train de couler son théâtre et de foutre en l’air une troupe qui l’adorait.

J’eus l’impression qu’elle attendait que j’acquiesce.

Il y eut un long temps vide. Je dessinais des traits parallèles dans le sable. Ma belle nageuse semblait plongée dans des pensées insulaires particulièrement ianvouables. Elle se redressa, se serra dans son peignoir et se leva d’un bond .Elle rangea très vite ses affaires dans son sac de toile et fila vers le remblai, puis elle m ‘adressa un petit signe amical furtif en abordant la route .

Sa silhouette me reste dans la rétine. Je ne la revis jamais.

Quand je passe désormais devant la villa à l’abandon , je m’aperçois que les averses de l’hiver, et les innombrables printemps pluvieux ont laissé des taches noires et grises sur la façade . Le bleu pâle des volets s’ est écaillé, la grille rouille, un séchoir à linge pend au balcon du premier étage et des fientes des mouettes balafrent de leur plâtre les vitraux de la tourelle nord.Un canapé aux pieds torsadés et aux coussins recouverts de tissu écossais a disparu il n’y a pas tres longtemps.Les herbes folles et des graminées tres hautes ont enfoui les pelouses où ma belle baigneuse flânait avec son lapin blanc. Les cirrus floconneux et lourds d’orage menacent la presqu’île ces jours-ci et plus particulièrement cette villa, avec son grillage cadenassé.Un panneau de l’agence immobilière « Gilbert Plennec  » a été accroché récemment.