SOuvenons nous qu’en 14-18 ce fut la première guerre qui jeta au combat autant de jeunes civils de toutes les classes sociales , des lycéens, des milliers de jeunes appelés et furent jetés dans les batailels avec pour babage quelques semaines de formation militaire insuffisantes . Quand ils furent mêlés aux premiers combats, ils furent traumatisés . On le voit bien avec Céline et son Bardamu du « Voyage.. » puis dans le Drieu la Rochelle de « La comédie de Charleroi ».
Avec Drieu le Rochelle un jeune bourgeois accompagne la mère d’un soldat tué sur les lieux du combat. On y découvre alors ce que vécut Drieu : le baptême du feu pour la jeune recrue qu’il était, le découragement, la tentation du suicide, l’exaltation – et surtout la peur. Cette peur dominée ou pas reste au centre de toutes les nouvelles du recueil. Elle est en quelque sorte l’étalon auquel se mesure la valeur de l’homme jeté dans la bataille à Charleroi, Verdun ou dans les Dardanelles.

Les romans-témoignages à propos de 14-18, qu’il s’agisse du côté francais (« Les croix de bois » de Dorgeles, « Le feu » de Barbusse*** ) ou du côté allemand (« A l’ouest rien de nouveau » de E.M. Remarque) analysent la fin de l’innocence, la jeunesse irrémédiablement perdue,déboussolée, et une perte de confiance dans l’humanité. Beaucoup de ces jeunes soldats survivants n’échapperont pas au traumatisme et resteront des sortes d’infirmes se trainant dans la vie civile.

« A L’ouest rien de nouveau « en est un peu le modèle -étalon. Il nous fait franchir toutes les étapes et tous les sentiments d’une jeune appelé ,Paul, qui monte au front avec un mélange de fierté et d’inquiétude puis qui subit l’enfer.Ce qui le métgamorphose. Un des plus beaux passages raconte sa permission, et le fossé qui s’est installé entre lui et les civilks, et sa famille qui l’aiment au village. Il est devenu un autre dans les tranchées.

Le jeune lycéen enthousiaste du début du roman est devenu un être hébété par la boucherie et la mort de ses camarades. Rappelons que l’auteur a été déchu de sa nationalité en 1939, que sa sœur fut condamnée à mort par l’Allemagne nazie pour “atteinte au moral de l’armée” et a été décapitée en 1943. Le roman » A l’ouest rien de nouveau » a été brûlé en place publique.
Sa subversion vient du fait qu’il décrit en phrases simples le dressage imposé aux jeunes recrues par des gradés sadiques.
E.M. Remarque est d’une précision rare pour nous faire partager le calvaire d’un soldat, dans ses moindres actes :depuis les latrines communes, l’épouillage partagé, la chasse aux rats qui convoitent les rations, les trocs bouffe et cigarettes, les combines pour améliorer les repas déplorables, la faim, la soif, la douleur, et un progressif un rétrécissement mental épouvantable suivi d’un chagrin incurable. Une sorte de gel intérieur saisit chaque homme de troupe.
Paul, comme ses amis d’enfance (dont si peu reviendront vivants) insiste bien sur le fait que lui et ses camarades ont a été trompés par l’un de leurs professeurs, patriotard grotesque, en qui ils avaient confiance. Le passage difficile d’une génération à l’autre, et le fossé entre les civils et les soldats rescapés de la grande boucherie est un thème particulièrement bien traité dans « Aurélien » . Cet Auréllien fait partie de ces innombrables jeunes gens démolisiés mais qui n’adhèrent pus aux valeurs officielles d’une société. Claudel ,dans un superbe article élogieux qualifie Aurélien à la fois d’ »Hamlet façonné par l’expérience morbide des tranchées », et aussi « d’épave consolidée au milieu de la dérive incessante » de ces « années folles »..

Pour 14-18, du côté français on oublie souvent le récit de Giono « Le grand troupeau », réquisitoire contre la guerre. Giono cultive toujours des séries d’images stupéfiantes dans sa métaphore . Les soldats sont comparés au grand troupeau de moutons du premier chapitre, celui qui descend de la montagne. Les soldats en bleu horizon « l’assemblée des moutons » sont menés à l’abattoir. Giono deviendra un pacifiste militant et organisera des rassemblements antimilitaristes chaque été au « Contadour » entre 1935 et 1939. Le 5 septembre 1939 Giono, mobilisé à Digne , sera arrêté et mis en prison pour distribution de tracts pacifistes. Il sera libéré en novembre sur intervention de Gide auprés du Gouvernement.

Enfin, un film tres émouvant parle de ce culte des morts aprés 14-18 et du du traumatisme ,c’est « la chambre verte »de François Truffaut . Le personnage de Julien Davenne, interprété par Truffaut luii même, est un homme qui ne veut pas oublier . Davenne refuse d ‘ oublier ses camarades, sa génération restée dans les terres d’Argonne ou dans les combats de Verdun. Ce culte des morts vire à une certaine folie.Film somptueux,vibrant, fiévreux, qui devrait être diffusé plus souvent à la tv.
Paul,
ce n’est pas classique c’est l’impossibilité à dire. Mon grand-père que j’aimais, parlait lui, de son frère combattant en Italie, dans les Dolomites, alors que lui combattait en France dans l’armée française. Sinon, rien n’a été dit. Nous avons beaucoup appris par les échanges de lettres des Poilus, bien plus tard.
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La guerre des tranchées et ses horreurs, ces explosions, la mort , la boue, le sang, sont écrites dans une scène éblouissante et terrible à la fin de « La Montagne magique » de Thomas Mann. Cauchemar inoubliable … et cet envoi triste qui clôt la vie de Hans Castorp sur une fin qui n’en est pas une.
« Adieu, que tu vives ou que tu y restes ! Tu n’as guère de chances d’en réchapper dans une funeste danse qui durera encore quelques bonnes années de perdition, et nous ne donnons pas cher de ta peau. Avouons-le franchement : nous laissons la question en suspens sans trop nous en soucier. (…)
Cette fête mondiale de la mort, et même alentour, cette mauvaise ardeur fébrile enflammant le ciel pluvieux du soir, l’amour en emanera-t-il un jour ? »
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https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/11/13/la-montagne-magique-les-lieux-d-un-sommet-de-la-litterature-sur-arte_6392144_3246.html
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Remarque à aussi ecrit une suite, Après, qui eut du succes en son temps et que j’ai lue avec plaisir,
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Dit comme cela, je crois reconnaitre quelque chose de ma fascination primaire… Il fut le premier bouquin à m’avoir autant marqué sur les récits témoignange de la 1e GM… J’ignore si j’éprouverais le même vertige à le relire aujourd’hui… Et puis, j’avais voulu aller voir, apèrs les OA, le Boqueteau 125, Lieutenant Sturm et « la guerre, notre mère » (son essai autobio-idéologique écrit dans leur foulée), lesquels m’avaient bien moins emballés. A partir de là, je me souviens avoir commencé à me sentir mal à l’aise avec EJ… J’allais pourtant découvrir durant des décennies ultérieures l’envergure du « bonhomme » par vagues de curiosités entières… Et puis, j’ai renoncé à aller à Wilflingen après sa morit alors que je me l’étiais promis… Un pélerinage sentimental pas clair, eût-ce été…
J’ai renoué avec les Orages d’acier à l’occasion de la publicatiion des nombreux manuscrits et journaux inédits écrits dans les tranchées qui lui servirent de doc. pour la confection du roman… Bougrement passionnants, d’ailleurs !… Ne me souviens plus si Julien Hervier y était pour quelque chose., ma bibli est dans les cartons et j’enrage de ne pouvoir rien vérifier.
Quoiqu’il en soit, merci PE, pour m’avoir donné l’occasion de me souvenir, en ce jour du 11 nov toujours émotionnellement très intense pour moi. Bàv,
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La fascination que j’éprouve,comme vous,Janssen, pour » Orages d’acier » de Jünger, vient du fait que , coupant tout sentimentalisme, t pathos, déploration, ce jeune homme de 19 ans, en 1914, se sent un véritable Siegfried qui va prouver son courage et son endurace , sa valeur sur le champ de bataille. C’est alors un de ces aristocrates qui soudain, veulent étinceler car l’héroisme est à leur portée et leur système de valeur.. L’approche du danger, son imminence, quand il monte au front, l’exalte C’est pour Jünger, l’affrontement décisif,l’épreuve utltime du Destin: voir ce qu’il vaut de présence d’esprit, de reflexe guerrier juste, d’autodiscipline, face à la mort. ainsi que la solidarité avec ses hommes. Il prend plaisir à la discipline, au « service ».Il fait souvent allusion à ses lectures d’enfance et précisément au romancier Karl May, auteur de western. où l’héroisme est la valeur supreme contre les méchants Indiens. De plus, il ne manque pas de noter dans cette curieuse vie « à la campagne », dans les boyaux crayeux, de noter la vie des insectes ou des plantes .il est sensible au surréalisme morbide de certaines scènes aprés les affrontements les plus durs devant les corps disloqués dans de curieuses postures . il aime les nuits sans sommeil, la gnôle, l’ambiance virile, et même « le sentiment de solitude et d’abandon ». Bref, il décrit le Guerrier Etincelant,l’homme fait pour la guerre, qu’il est.Il dit aussi, la joie d’être dans un monde où l’argent ne compte plus. Il étale son évidente volonté de puissance nietzschéenne.M’a frappé par exemple cet épisode dans le village de Puisieux, hameau pilonné,monceau de décombres, avec chevaux décomposés, là et il s’enchante d’un bouquet de « roses redevenues sauvages.. » etonnant JÜnger. Ses « orages d’acier » tranchent avec les autres témoignages qui font la part grande à la peur, à des moments de désespoir absolu qui est le lot commun. Mon grand-père que j’adorais,mort quand j’avais douze, ans a toujours refusé de parler de son expérience des tranchées.
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vous avez aussi bien généreusement parlé du roman d’Aragon comme de celui de Drieu. Merci pour eux. Pour ma part, ne puis-je jamais m’empêcher d’associer le roman de Remarque à celui de Chevalier, la peur… omniprésente chez eux et en nous, mais… quasi totalement absente dans les pourtant fascinants Orages d’acier, « l’anti ouest rien de nouveau », par excellence… Bien à vous ,
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