Depuis quelques jours, l’air redevient doux dans cette Bretagne , les jours rallongent , les cafés replacent des tables en terrasse. Dans une allée, vers l’estuaire de la Rance, un mimosa gigantesque éclate de ses mouchetures d’un jaune acide. Je prends la voiture et file le long des routes bocagères qui mènent de Cancale à Dol et Combourg. Ces champs et ces plages sont dominées par un ciel léger, plus haut, large, avec quelques lignes entrecroisées, crayeuses, de long courriers qui forment une géométrie au crépuscule . Les champs , quelques vallons, une ligne de saules ou une allée de chênes coupent le paysage plat des marais .Des éclaircies sur la cathédrale de Dol. Talus ,clôtures, herbes, vagues, bêtes, bois, fermes isolées, fossés, abbaye, filent dans le rétroviseur…

Vers la Pointe du Grouin approchent des vagues lentes, calmes, régulières, d’un vert adouci, mais plus de grondements nocturnes, de blocs d’abîme, finies les grandes lessives d’écume qui se répandaient sur les digues , blanchissaient la côte et ses récifs.

Le vent qui soufflait des jours entiers est tombé . La nuit descend désormais avec lenteur sur ce paysage d’eau avec des petits remous. Le long hiver de grisaille s’éloigne.
Je redécouvre ça : ce monde pastoral, archaïque, immuable, paisible, universel, ce monde virgilien que j’avais oublié .Il redonne confiance, la vie, flux et reflux, fine allégresse du printemps qui revient et court sur les routes de campagne et nous ressaisit dans son cycle . « Tout est là »,je me répète bêtement, « tout est là, tout est donné ».
et j’ai la nette impression que la pluie recommence ce matin! MC
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1 Pour être entouré de terre sur les six côtés de mon corps, — faut-il qu’il y ait des captivités que je vénère ?
2 Des étoiles peuvent naître, des satellites se détacher, — je n’aurai jamais su la gésine de leurs mères.
3 Les végétations pourront avoir leur sacre annuel, — je ne connaîtrai que le raidissement et le spasme de leurs racines.
4 Qui m’empêche de croire qu’en épuisant le fond de ma bouche, — elles ont trouvé une sève plus nourricière et un peu du mystère de l’homme ?
5 Les prairies qui sont au-dessus de moi prennent une part de la vie sensuelle de mon âme, — ceux qui s’y vautrent et dorment au fond d’elles prennent une part de ma germination.
6 Pourtant je suis seulement un captif et pas encore un mort, — lorsque je serai mort, je n’aurai pas ma survivance au milieu d’elles.
7 Je leur donne des floraisons plus hâtives — la prescience des courants printaniers.
8 Je leur souffle les plus familiers de mes songes — et le frémissement sous les rosées du matin.
9 Elles ont pour moi des montées d’amour plus violentes, — leurs tiges et leurs bras doivent étreindre dans l’air.
10 Leurs tiges et leurs bras ont des débordements et des rafales, — de très bas, j’entends la crispation des membres qui ne s atteignent pas.
11 J’entends le moment d’extase qu’ils ont l’un sur l’autre — le sommet d’hébétude où ils connaissent la possession.
12 Alors pourquoi m’appelle-t-on un captif — si je projette l’emprise de ma chair aussi loin ?
Patrice de la Tour du Pin Psaume XXX
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Météorologiquement parlant, il est sans doute prématuré de se réjouir.
F.M.R. — les faits m’errent — pour un prévisionniste ou un oracle, ce serait inadmissible.
(D)écrire pour s’en souvenir, pour fixer sur l’écran ou le papier un moment atmosphérique (« l’effet-mer » ?) & le retentissement qu’il a sur nous ne relève pas tout à fait des mêmes normes, me semble-t-il. Il y a des petits flux & reflux au sein des grands ; prendre les premiers (avec leurs jeux, leurs contradictions et leurs repentirs) pour les seconds n’invalide pas son intérêt, ds la mesure où un texte de ce type peut être détaché du moment de sa rédaction — contrairement au bulletin météo, son existence n’est pas supposée s’abolir dans une « utilité » qui serait celle de sa communication & de sa réception immédiates. (À la limite, il pourrait lui aussi avoir été écrit en avril ou mars, d’un an dernier ou avant-dernier, & repris.)
S’il s’agit d’un Journal en direct, l’erreur d’appréciation ou de prédiction peut être prise en considération, devenir elle-même un matériau entrant ds la composition des notes suivantes ou de l’ensemble s’il est « retravaillé ».
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» l’air redevient doux… le long hiver de grisaille s’éloigne ». Je serais enchanté de confirmer cette nouvelle pour la côte sud, mais il semble que ce soit au contraire reparti! Ce matin, temps gris et froid, hier, idem, etc….Enfin si cela peut donnner des extases virgiliennes…. MC
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Paul Edel, j’avais envoyé un message (une citation qui me paraissait entrer en résonance avec votre texte) — il a disparu. À moins que ce ne soit une erreur de manipulation de ma part ? Dans le doute, (& parce que je me perds en conjectures quant à ce qui pourrait le rendre indésirable &/ou offensant, à part son évidence et le manque d’originalité du rapprochement), je le remets :
« et j’écris ce qui suit, comme préface-réflexion :
“Je ne puis rien dire, écrire (ni penser) d’autre que ce que la saison m’inspire. »
[…]
Dans quelques jours il sera trop tard, nous serons dans l’aise, le confort du vrai printemps (ensoleillé. […] Nous aurons oublié cette sensation (émotion). Nous ne pourrons plus rien en dire. »
Francis Ponge, Nioque de l’Avant-Printemps (III)
J’avais signalé qu’il faudrait simplement remplacer « jours » par « semaines », puisque Ponge écrivait au début du mois d’avril, mais que restait la justification du « noteur » sensible aux variations atmosphériques.
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« et j’écris ce qui suit, comme préface-réflexion :
« Je ne puis rien dire, écrire (ni penser) d’autre que ce que la saison m’inspire.”
[…]
Dans quelques jours, il sera trop tard, nous serons dans l’aise, le confort du vrai printemps (ensoleillé. […]) Nous aurons oublié cette sensation (émotion). Nous ne pourrons plus rien en dire. »
Francis Ponge, Nioque de l’Avant-Printemps, III
(Les jours seraient à convertir en semaines — Ponge écrivait cela en avril. Reste la nécessité de noter.)
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La vigueur, la force tranquille de la mer, toute cette nature sage dans sa démesure, révèlent la stupidité absurde, l’arrogance infantile des enfants de chœur écologistes !!!
Merci Paul.
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Le long hiver de grisaille s’éloigne.
Je redécouvre ça : ce monde pastoral, archaïque, immuable, paisible, universel, ce monde virgilien que j’avais oublié .Il redonne confiance, la vie, flux et reflux, fine allégresse du printemps qui revient et court sur les routes de campagne et nous ressaisit dans son cycle . « Tout est là »,je me répète bêtement, « tout est là, tout est donné ».
Magnifique, Paul.
Grand merci. Ici aussi, le long hiver s’éloigne, mais il nous faudra encore attendre trois mois, complets, avant qu’il soit définitivement chassé, de manière provisoire. Trois mois jusqu’à début mai. On a passé le plus dur.
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