A vingtième siècle, on a vu s’accélérer la disparition de maisons d’édition de tradition familiale et d’exigence littéraire disparaître au profit de grands groupes(exemple:Flammarion,Denoel, Plon, Julliard, etc..) et aussi la disparition de grands éditeurs,fortes personnalités littéraires, très créatifs ,Maurice Nadeau, Christian Bourgois, Alain Robbe-Grillet, Lambrichs,Jérôme Lindon, au profit de comités de lecture davantage soumis aux directives des« commerciaux ».

Avec la main mise brutale de Bolloré sur une grande partie de l’édition française, il s’agit d’une révolution politique. Il s’agit d’un bouleversement des médias puisque Bolloré ,pour sa croisade politique droitière ,a en même temps racheté des journaux (Paris-Match, JDD) et a lancé une chaîne de tv ultra droitière , Cnews qui obtient un sucés évident. Sans oublier le contrôle sur Canal + .N’oublions pas que Bolloré a supprimé la meilleure émission satirique française « Les guignols de l’info » dés son arrivée.
La vitesse avec laquelle cet homme de croisade ultra réactionnaire, a bouleversé le paysage médiatique est sidérant. Il peut désormais,via la télévision, la presse et l’édition opérer à un véritable façonnement industriel des esprits sur les français,jour après jour.
L’édition avait connu un premier grand choc quand la maison d’édition Fayard en 2023 avait vu brutalement sa direction éditoriale changer.Le groupe Bolloré avait placé Lise Boëlle à sa tête . Première hémorragie d’auteurs (dont la star des ventes Virginie Grimaldi) qui ne veulent pas se trouver en face des nouveaux auteurs: Marion Maréchal, Jordan Bardella,Philippe de Villiers et Eric Zemmour. Ces auteurs souverainistes ou d’extrême droite vont bénéficier de ‘argent et de la synergie du groupe Bolloré car tout l’écosystème du livre, avec les 450 points de vente Relay , dans les gares, aéroports et hôpitaux. Si on y ajoute que ces nouveaux auteurs Fayard, – politiques engagés dans la course présidentielle- ont bénéficié des soutiens massifs de la chaîne C news, de reportages dans Paris-Match, de passages à Europe 1 , de critiques élogieuses dans les pages et éditoriaux du JDD nouvelle manière, avec Pascal Praud en idéologue officiel, ont voit la puissance de feu de ce nouveau groupe.
Mais on découvre -divine surprise- que le monde de l’édition n’est pas agro-alimentaire . Les écrivains ne sont pas des boites de petits pois . C’est le paradoxe des maisons d’édition : leur valeur se situe en dehors d’elle.Ce sont les auteurs qui font vivre une maison et ils peuvent en changer. Ils ne sont pas liés indéfiniment à leur éditeur Chaque livre fait l’objet d’un contrat .

Et la révolte immédiate d’environ 150 auteurs publiés par les éditions Grasset , et venant de tous les horizons politiques, est une excellente nouvelle.
Réunis en accéléré, le jeudi 16 avril à minuit 130 auteurs avaient déjà annoncé dans une lettre envoyée à l’agence France-Presse et au journal « Le monde » vouloir quitter la maison Grasset. Ce collectif écrivait, entre autres : « Une fois de plus ,Vincent Bolloré dit : »Je suis chez moi et je fais ce que je veux, au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent éditent, corrigent, fabriquent, diffusent et distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent. »
Parmi les signataires, on trouve l’arc-en-ciel des couleurs politiques, de Virginie Despentes à Bernard-Henri Lévy, de Frederic Beigbeder à Laure Adler, de Vanessa Springora à Colombe Schneck.
Sur le plan juridique, il y a plusieurs cas de figure. Virginie Despentes et BHL ont de contrats intuitu personae qui les,lie à Olivier Nora et non à Grasset. Ce sont des cas atypiques. Pour les autres ils seront défendus par des avocats. Le combat sera âpre, surtout pour ceux qui assurent les gros tirages. Les auteurs d’un premier livre, ou ceux qui ont un tirage modeste ou auteurs d’un texte déjà sous presse pour la rentrée littéraire seront démunis.

On remarquera qu’il n’y a pas, pour les auteurs des maisons d’édition, cette clause de conscience qui permet, par exemple, aux journalistes, de quitter une entreprise de presse en cas de changement de propriétaire, tout en percevant des indemnités de licenciement. Il conviendrait sans doute de modifier la loi de ce côté là pour permettre plus facilement aux auteurs de défendre leurs droits et, eux aussi, de bénéficier d’une clause conscience afin de pouvoir quitter leur maison d édition quand l’orientation éditoriale change à 180°.
On saisit à quel point, à un an des élections présidentielles, la concentration ultra rapide de médias et de maisons d’éditions sous la coupe du milliardaire Bolloré représente un danger pour la démocratie.
Bravo! Oui, c’est ahurissant. Merci pour cette alerte.
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