Le 28 décembre 1900, Anton Tchekhov se repose à Nice. Il vient de publier une des plus belles nouvelles qui existe au monde « La dame au petit chien » . Deux ans auparavant, il a connu le triomphe de « La mouette » auprès du public. Un an auparavant , il a commencé sa liaison avec la comédienne Olga Knipper qu’il épousera le 25 mai 1901. Pour l’instant il écrit ceci à Olga :
« 28 décembre 1900.
Imagine quelle horreur,mon toutou chéri ! On m’annonce à l’instant qu’un certain monsieur me demande à la réception.Je descends, je vois un vieillard qui se présente de la manière suivante : Tchertkov. Il a entre les mains une pile de lettres. Il apparaît que toutes celles-ci m’étaient adressées et qu’il les recevait à ma place parce que son nom ressemble au mien.L’un des tiennes (il y en avait trois en tout-les trois premières) était décachetée. De quel droit ? Manifestement, il faudra à l’avenir rédiger les enveloppes de la manière suivante : Monsieur Antoine Tchekhoff, 9 rue Gounod(ou Pension russe), Nice. Mais il faudra impérativement ajouter Antoine,sinon je recevrai tes lettres dix ou à quinze jours après leur envoi.
(..) Merci de ce que tu me dis de Tolstoï* Nous avons ici Chekthel**, en provenance de Moscou.Il a gagné à la roulette un paquet de tous les diables ,et il repart demain.Vladimir Nemirovitch*** est ici avec son épouse.Elle paraît tellement banale ici, à coté des autres femmes, on dirait une marchande de Serpoukhov. Elle achète n’importe quoi et tout, soi-disant au prix le plus bas.Je trouve dommage qu’il soit avec elle.Lui, comme à l’accoutumée, est un brave homme, avec lequel on ne s’ennuie pas.
Il faisait froid ,maintenant il fait chaud , on se promène en manteau d’été.J’ai gagné cinq cents francs à la roulette.Tu permets que je joue,mon cœur ? (..)

Beaucoup de dames prennent leur repas avec moi,parmi elles des Moscovites,mais je ne desserre pas les dents.Je suis là, renfrogné, me taire et je mange obstinément ou alors je pense à toi. Les Moscovites glissent à tout bout de champ des propos sur le théâtre,désireuses, visiblement , de m’attirer dans leur conversation,mais je me tais et mange. Je trouve très agréable d’entendre, par moments, dire du bien de toi.Cela arrive très souvent, figure-toi. On prétend que tu es une bonne actrice. Eh bien, bébé,porte toi bien et sois heureuse. Je suis à toi ! Prends-moi et mange moi avec du vinaigre et de l’huile d’olive. Je t’embrasse fort
Ton Antoine »

* Dans une précédente lettre Olga notait : « Tolstoï est venu à la soirée Tchekhov et il a ri à tomber par terre.Cela lui a beaucoup plu. «
** Chekthel fut un des illustrateurs préférés de Tchekhov
***Vladimir Nemirovitch, dramaturge, metteur en scène fut le cofondateur avec Stanislavki du Théâtre d’Art de Moscou .Il a mis en scène -avec Stanislavski –La mouette, Oncle Vania, Les trois sœurs, et La Cerisaie. Tchekhov appréciait ses jugements.
Il s’agissait d’une soirée avec lectures de quelques pièces bouffonnes en un acte du genre: Des Méfaits du Tabac, La Demande En Mariage, l’Ours, etc etc.. le Tragédien Malgré Lui, La Noce et le Jubilé.
J’aimeJ’aime
Qu’est ce que cette « Soirée Tchekov » et pourquoi Tolstoï y rit-il autant?
J’aimeJ’aime