Le bureau de l’écrivain…

Il y a plus de 15 ans, je fus invité en bretagne par un écrivain que j’admire beaucoup. Pendant qu’il préparait à déjeuner, je me suis mis, sur un carnet quadrillé, à noter ce que je voyais dans la grande pièce qui lui servait de bureau. Avez vous une idée de quel écrivain il s’agit? Bien sûr, il y a quelques précisions qui donnent des indications précieuses sur l’œuvre de cet écrivain…

La pièce est assez grande et basse de plafond, avec une cheminée sur la gauche encadrée de panneaux de bois striés représentant vaguement des colonnes grecques de style ionique avec des rainures assez profondes et un chapiteau sommaire.

Sur le dessus de marbre trône une maquette de chalutier rouge et noir et un almanach pour les marins avec les horaires des marées. Il y a aussi sous un cube vitré la maquette de « L’Union-Castle Liner Gascon ».

On note également des bûches entassées dans un panier d’osier et un bouffadou avec des gros nœuds dans le bois.

Le mur du fond est occupé sur toute la longueur par une bibliothèque de chêne sombre avec des cabochons. On remarque par endroit une multitude de petits trous de vers.. et une rangée de placards. On y trouve de lourds volumes d’histoire de la marine, des boussoles en cuivre, de vieilles jumelles, et un minuscule taille crayon en forme de sous-marin. Sans compter les innombrables reliures de gros cuir des œuvres complètes de Jules Verne, des cours de navigation des Glénans, et puis tout un tas de romans, vers le haut, qui vont de l’Odyssée d’Homère à « Au dessous du volcan » -de Malcolm Lowry. A l’extrémité d’un rayonnage , on trouve deux « Vies de Saint Augustin » dans des collections de poche différentes et visiblement feuilletées. Et tout au long des étagères, étaient punaisées des cartes postales qui semblaient venir, dans leur couleur sépia, d’un autrefois :quand les hommes portaient des canotiers et les femmes des robes à crinolines. On distingue des palmiers, un quadrillage de rizières , une pagode, tout cela venant sans doute d’anciennes colonies, et notamment d’Indochine. Il y a aussi une ou deux cartes postales de « La Bretagne pittoresque » avec des calvaires sur fond de nuages et des jeunes filles (souriant ou pouffant de rire?) portant le costume noir à jupe bouffante et la coiffe de dentelle en tuyau de poêle. Le grand bureau occupe l’angle contre les boiseries de l’escalier qui mène aux chambres du premier. Cette tableau à tréteaux supporte une lampe de bureau formé d’une coupole d’un noir mat, un vieux téléphone d’un bleu plastique, une loupe, un couteau à plusieurs lames, un pot de la Compagnie Coloniale ayant contenu du thé Earl Grey, et pas mal de cartes postales représentant des peintures d’Eugène Delacroix, notamment une superbe « Tête de lion » et une reproduction pâlie d’un tableau de Jongkind, »un quai à Honfleur ».

A noter aussi un guide des limicoles, et en l’ouvrant on découvre des petits échassiers, pluviers, barges, courlis, tourne-pierres.Il traîne aussi des pinces à dessin, une rallonge pour prise électrique, une boule de plastique abritant un phare autour duquel tourbillonnaient d’infimes morceaux de plastique qui devaient figurer de la neige, si on secouait l’objet.

Quand on lève la tête, on remarque un plafond formé de lames de bois laquées de blanc avec des auréoles jaunes.

Quittant cette pièce assez sombre pour la terrasse ,choc lumineux, réverbération, le vent claque, et au-delà de la frêle balustrade ,la baie étincelante, le ciel bleu.

7 réflexions sur “Le bureau de l’écrivain…

  1. Christine, il s’agit de la petite maison de marin de mon ami l’écrivain Olivier Rolin. Parmi les indices, il y avait la tête de lion, qui renvoyait à son récit « Chasseur de lions », de 2008. et aussi, un peu à ce « Tigre de papier » où il racontait ses aventures de militant Mai 68Lles maquettes de bateaux étaient aussi là pour suggérer que l’auteur voyageait presque autant que Blaise Cendrars, entre « Port-Soudan »(1994) et « L’invention du monde » qui fait le tour de la terre en une journée.. (1993).

    Malcolm Lowry est un des écrivains préférés de Rolin. Et tout, dans cette pièce, appelle à une « invitation au voyage »(2006), à un embarquement .J’aurais dû signaler que le store de la terrasse était constitué de belles toiles lumineuses destinées à un voilier qui n’est pas amarré très loin. Enfin, si l’écrivain a raconté qu’il devait « Vider les lieux »(2022) rue de l’Odéon où il a habité pendant des décennies, il a bien gardé son port d’attache dans la baie de Paimpol sur cette presqu’île de Ploubazlanec qui offre des paysages marins superbes.

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