Quelques romans de guerre…

La guerre en Ukraine et ses images de destruction nous ont envahi. On la voit chaque jour. Je me pose donc la question : quels sont les  romans de guerre qui m’ont laissé une forte  impression pour mieux comprendre  comment fonctionne une armée. Les textes dont je parle    n’ont aucun rapport avec une recension,et rien d’objectif, ce  sont quelques souvenirs de lectures  marquantes.

 La catégorie la plus répandue   reste celle des   romans rédigés   par ceux qui ont participé à une guerre. Ils sont rarement militaristes…Et en second viennent les récits de journalistes ou correspondants de guerre. Les premiers     restent au plus près  des émotions que ressentent les jeunes appelés .Les seconds racontent aussi bien  les Etats majors que  qui se passe de concret sur le terrain,  et, dans le meilleur des cas,  démontent les propagandes , bourrages de crane, et « versions officielles »

 Rappelons que les guerres jettent au combat et broient des milliers de jeunes appelés  sans beaucoup de formation, et  qui n’ont parfois même pas vingt ans. Ils en ressortent traumatisés. La peur est  le grand sujet.  On le voit bien avec Céline et son Bardamu  du « Voyage.. » ou Drieu la Rochelle avec « La comédie de Charleroi ».

Avec Drieu  un jeune bourgeois   accompagne la mère d’un soldat tué   sur les lieux  du combat. On y découvre alors ce que vécut Drieu : le baptême du feu pour la jeune recrue qu’il était, le découragement, la tentation du suicide, l’exaltation – et surtout et toujours   la peur. Cette peur dominée ou triomphante est au centre de toutes les nouvelles du recueil. Elle est en quelque sorte l’étalon auquel se mesure la valeur de l’homme jeté dans la bataille à Charleroi, Verdun ou dans les Dardanelles.

Ces romans  expriment la surprise, puis le  désarroi, l’incrédulité, l’attente, l’anxiété permanente, parfois l’absolu désespoir, l’imminence du choc, puis la terreur dans l’action. C’est à chaque fois la fin de l’innocence, la jeunesse irrémédiablement perdue, une perte de confiance dans l’humanité.  Beaucoup de ces  jeunes soldats survivants n’échapperont pas au traumatisme et resteront des sortes d’infirmes  se trainant dans la vie civile.

Le roman d’Erich Maria Remarque avec « A L’ouest rien de nouveau « est un peu le modèle -étalon. Il nous fait franchir toutes les étapes et tous les sentiments  d’une jeune appelé ,Paul, qui monte au front avec  un mélange de fierté et d’inquiétude puis qui subit l’enfer. Un des plus beaux passages raconte sa permission, et le fossé qui s’est installé entre lui et ceux qui l’aiment au village. Il est devenu un autre dans les tranchées.

Le jeune lycéen enthousiaste du début du roman est devenu un être hébété par la boucherie et la mort de ses camarades.  Rappelons que l’auteur a été déchu de sa nationalité en 1939, que sa sœur fut condamnée à mort par l’Allemagne nazie pour “atteinte au moral de l’armée” et a été décapitée en 1943. Le roman » A l’ouest rien de nouveau » a été brûlé en place publique.

Sa subversion vient du fait qu’il décrit en phrases simples le dressage imposé aux jeunes recrues par des gradés sadiques-    ce qui se retrouve dans toutes les armées du monde.

E.M.  Remarque est d’une précision rare pour nous faire partager  le calvaire d’un soldat, dans ses moindres   actes :depuis les latrines communes, l’épouillage partagé, la  chasse aux rats qui convoitent les rations, les trocs bouffe et cigarettes, les combines pour améliorer les repas déplorables, la faim, la soif, la douleur, et un progressif  un rétrécissement mental épouvantable suivi d’un chagrin incurable. Une sorte de gel intérieur saisit chaque homme de troupe.



Paul, comme ses amis d’enfance (dont  si peu reviendront vivants)   insiste bien sur le fait  que lui et ses camarades  ont  a  été trompés par l’un de leurs professeurs, patriotard grotesque,   en qui ils avaient  confiance. le passage difficile  d’une génération à l’autre, avec les valeurs de chacune, est finement suggéré.

Pour 14-18, du côté français il y a bien sur le magnifique « les croix de bois » de Roland Dorgelès,  « la peur » de Gabriel Chevallier. On néglige souvent le Giono du «  Grand troupeau », réquisitoire  d’une violence  absolue contre la guerre. Giono a comme toujours des séries d’images stupéfiantes. Les soldats sont comparés au grand troupeau de moutons du premier chapitre, celui  qui descend de la montagne. Les soldats comme « l’assemblée des moutons ». Giono le paiera cher en 1939 et connaitra la prison pour son pacifisme. 

Sur l’interminable attente du combat par le soldat de base, un des modèles reste « Le balcon en forêt » de Julien Gracq, expérience sur l‘attente  du choc en mai 40 face à l’armée nazie et ses blindés  dans les Ardennes..

Ces livres-témoignages de survivants   dévoilent souvent l’incohérence des ordres et contre- ordres ,les décisions  tragiques  de certains généraux, la bêtise ,l’aveuglement et la morgue  de certains officiers,  les rivalités entre les différentes armes, les querelles et tensions d’état- major( voir Montgomery contre Eisenhower ou Patton dans « Bastogne » de John Toland).

On passe alors aux correspondants de guerre et à leur résistance au rôle de simple propagandiste qu’on veut leur faire jouer. C’est le témoignage du jeune journaliste Lucien Bodard sur La guerre d’Indochine avec sa trilogie « L’enlisement », »L’humiliation » et » L’aventure ». Mille pages serrées d’après ses notes de l’époque. Il démonte   les rouages d’un échec. Il témoigne quasiment au jour le jour des chaines de désolantes décisions prises à Hanoi ou à Saigon, avec la bénédiction du Gouvernement français. Il témoigne  de l’aveuglement  et du trompe-l’œil dans lequel se complait l’état-major face à ses murs de cartes, du général Carpentier avec  ses certitudes obtuses   au général De Lattre avec   sa cour fastueuse  de beaux jeunes officiers.

Bodard suit  la tragédie des sans-grade anéantis systématiquement par le Vietminh dans leurs misérables fortins isolés. On voit comment   un corps expéditionnaire se disperse, s’évanouit et meurt dans la jungle, par des séries d’erreurs tactiques ou stratégiques, jusqu’à la fin tragique dans la cuvette de Dien Bien Phu

Bodard   réussit les portraits des   militaires de carrière, façon Suétone, avec une cruauté précieuse.  Gradés, officiers, notables, peureux, « fortes gueules », vieilles peaux et bravaches burinés, animent l’histoire  d’une série d’échecs . Un état-major flotte en pleine illusion sur fond de trafic de piastres

 Enfin quelques textes prennent uniquement le point de vue des officiers qui cherchent dans le combat une philosophie ultime, un dépassement aristocratique  souvent  à connotation nietzschéenne. Le plus évident est bien sûr Ernst Jünger qui raconte sa formation et sa jubilation guerrière dans  « Orages d’acier »,ou dans ses « Journaux de guerre », publiés en Pléiade, et dont Jonathan Littell s’est beaucoup servi.

  *

En ce qui concerne la guerre du Viet Nam, je signale le roman époustouflant d’un ancien lieutenant des marines, Karl Marlantes et son  « Retour à Matterhorn ».C‘est  l’enlisement américain au  Viet Nam vu dans l’étouffante jungle, les marches de nuit, la boue, les pluies, l’épuisement, et le moral qui décline. Comment un petit groupe de soldats se délabre.

D’autres livres proposent une fresque ; ils développent une vraie philosophie sur le fonctionnement des    armées modernes, avec quelques personnages emblématiques.  Le modèle indépassé reste « Les nus et les morts » de l’américain Norman Mailer . Une escouade d’hommes de l’armée US dans une île en plein Pacifique lors de la seconde guerre mondiale. Mailer réussit la totale immersion du lecteur dans le naufrage de ces jeunes soldats isolés.

Mailer avait moins de 3O ans quand il publia ce chef d’œuvre de 9OO pages, en 1948…. Le jeune Norman Mailer, qui était au départ affecté   au service cartographie, avait demandé à être en première ligne .Il  fut intégré dans le pire du pire,  dans une patrouille de reconnaissance derrière les lignes japonaises.

Libéré en 1946, après avoir occupé le Japon, Mailer  étudie dans le moindre détail la psychologie militaire. Son général Cummings, personnage-clé, annonce la hiérarchie qui va triompher dans les grandes entreprises de la nouvelle société civile américaine.

C’est aussi un roman qui annonce génialement le climat de tension «   guerre froide » et son idéologie fasciste. C’est donc un roman à relire pour mieux comprendre la psychologie d’une armée russe et les calculs actuels   du Pentagone. Cette longue marche dans la jungle d’une patrouille en terrain hostile et miné, est également une d’épopée de la survie morale et biologique d’un petit groupe.  Je recommande de lire l’analyse du roman par    Pierre -Yves Pétillon dans son « Histoire de la littérature américaine » pour comprendre les multiples facettes de ce roman et sa grandeur.  Norman Mailer met en évidence les composantes totalitaires des nouvelles sociétés qui naissent de la guerre.

 Je pourrais aussi parler de Malraux, de Malaparte, d’Hemingway, de Heinrich Böll, de « La route des Flandres » ce  prodigieux texte de Claude Simon.. C’est pour une autre fois.

Un extrait des « Croix de bois » de Roland Dorgelès:

« C’est vrai, on oubliera. Oh ! je sais bien, c’est odieux, c’est cruel, mais pourquoi s’indigner : c’est humain… Oui, il y aura du bonheur, il y aura de la joie sans vous, car, tout pareil aux étangs transparents dont l’eau limpide dort sur un lit de bourbe, le cœur de l’homme filtre les souvenirs et ne garde que ceux des beaux jours. La douleur, les haines, les regrets éternels, tout cela est trop lourd, tout cela tombe au fond…
On oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L’image du soldat disparu s’effacera lentement dans le sœur consolé de ceux qu’ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois.
Non, votre martyre n’est pas fini, mes camarades, et le fer vous blessera encore, quand la bêche du paysan fouillera votre tombe. »

17 réflexions sur “Quelques romans de guerre…

  1. Pourquoi parle-t-on toujours du Remarque d’ à L’Ouest, et jamais de celui d ´ Apres, qui reste une description clinique de l’enlisement des soldats après la paix. ? Regrets de ne pas voir Barbusse, souvent pille, et Vercel, dont le roman vaut mieux que le film . Et du même, les nouvelles grinçantes sur le Front D’ Orient, recueillies dans Sur l’Epave, recueil qui vaut le détour. Enfin chacun a sa propre liste qui enfle avec les lectures. Bien à vous. MC. PS pas de bonnes feuilles du Guerre de Céline programmé je crois cette année ?

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    • « (…) je désirerai trouver dans chaque envoi quelques-uns de ces « meilleurs livres » qui sont pour moi un vrai bréviaire – en particulier :

      Le père Goriot – Blazac
      Le petit Chose – A.D.
      Fromont jeune et R. ainé – A.D.
      Les nuits blanches – Dostoïewsky
      Les paroles d’un croyant – Lamennais
      Confessions d’un enfant du siècle – A. de M.
      Quo vadis – Sienkiewicz
      De l’amour – Stendhal
      Sonate à Kreutzer – Tolstoï

      Je serai également très heureux d’avoir quelque chose d’A. France, en particulier l’île aux Pingouins, qui me semble de circonstance –
      – Tu vois que je suis éclectique – Mais tous ces livres que je t’indique sont des livres déjà lus qu’il me ferait très grand plaisir à relir – je serai également très heureux [souligné] d’avoir « Ainsi parlait Zarathoustra » – ou « La Force » de Nietzsche.
      Cela m’est aussi précieux que ce que je vais te demander maintenant :
      2 piles électriques
      1 blaireau (se fermant, si possible en aluminium) – car je ne me résoudrai jamais à être le « poilu » classique, sale et pouilleux – Alors que je peux être bien rasé et avoir cravate propre – Enfin – et ceci va t’étonner un couteau – J’ai bien reçu – et j’ai toujours – celui que tu m’as envoyé – Mais il était si solide que rien qu’à couper le pain la lame ne coupe plus et ne tient plus dans le manche – Et il est important pour moi d’avoir un couteau poignard, car, il ne faut pas l’oublier, je ne charge pas à la baïonnette, mais avec des musettes pleines de bombes, et il est bon d’avoir une autre arme – Nous devons toucher des revolvers, je crois, mais on n’en voit jamais. D’autre part, pour les patrouilles de nuit, un poignard est bien préférable à la baïonnette; trop longue pour cet usage.
      Pour les bombes que je lance, j’en ai de trois sortes :
      – Des bombes percutantes, qui éclatent en tombant, et qui pèsent environ 500 grammes (fig. 1).
      – Des bombes qui s’allument à la main (800 gr.) (fig. 2)
      – Des bombes automatiques, qui s’arment en les lançant, par un crochet attaché au « Rugueux » – sorte de bracelet de cuir – (1 500 gr.)
      Il suffit d’être soigneux pour éviter toute espèce d’accident – le seul à craindre est un mauvais fonctionnement de la bombe, qui éclaterait avant d’être armée – ou aussitôt armée, avant qu’on puisse la lancer – Mais c’est vraiment une arme terrible – J’ai été, de nuit, en lancer sur un petit poste boche avec deux camarades j’étais alors avec les anglais et cela a eu l’air de faire un déga^t effrayant.
      – Les figures annoncées :
      (…) »

      Extrait de la lettre de Jacques Vaché à son père du 17 août 1915

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  2. ma « bibliothèque de guerre » … ? C’est une drôle de formule, mais pas si bête, car un rapide examen de mémoire et voici comment se présente la mienne qui recoupe un peu la vôtre : D’abord, les « Orages d’acier »… (…les Carnets, et les accessoires : Le boqueteau 125, Lieutenant Sturm, La guerre notre mère… etc.). Puis, notre très grand Chevallier (La peur), le EM Remarque, of course, mais aussi, Léon Werth, le pacifiste au front (Clavel soldat), et enfin… les vignettes trop méconnues des 117 sammies débarqués en 1917 de la « Compagnie K. » de William March…Un document publié en 1933 et réexhumé récemment, Tout à fait remarquable et totalement décalé !…
    De fait, je m’aperçois au pied levé que la 1ère GM littéraire reste au premier plan de ma mémoire, bien plus que la 2e… C’est d’ailleurs « le silence de la mer » qui reste en souvenir le plus vivace, bien plus que les récits de combats… Et puis d’accord pour le Claude Simon de La route des Flandres et des Géorgiques… Oui, oui… il faudra en reparler ! Merci pour l’Ukraine…, un retour aux sources, hélas…

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  3. pour ma part, hemingway , et surtout kessel qui vécu et écrivit grandement sur les 2 guerres l’équipage, l’armée des ombres… sans oublier plus proche de nous, échenoz avec le bref, dense et impeccable 14
    … on annonce par ailleurs un remake d’à l’ouest sur netflix avec daniel brühl (good bye lenin)

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  4. Je citerai modestement, extrait d’un genre littéraire où la guerre omniprésente semble devenue un terrain de jeux, l’inamovible Abattoir 5 de Kurt Vonnegut.

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  5. Eh bien, cher Paul Edel, j’étais, ce vendredi soir dernier, allé écouter une conférence de Cécile Vayssié sur le conflit en Ukraine. Plus de deux heures de précieux et passionnant détails de l’ histoire de ces deux peuples. Manquait, à mon sens, cette grande « bataille culturelle » du début du XXème siècle dans l’avant-garde cubo-futuriste qui fut l’apanage des ukrainiens tel Bourliouk ou Malevitch.
    Boin week-end!

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  6. Je dirais même plus, bon Wikéénd!
    (Pourquoi pas bon Sam-Manche! ça fait moins domignione ou ixième etat de l l’empire Americain…)

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  7. Le Vuillard sur l’Indo n’est en tous cas pas le grand roman espéré. Littérature calibrée au plus juste, faits sélectionnés sans vue d’ensemble, prédilection pour les médiocres, ce qui ne suffit malheureusement pas d’un point de vue romanesque à en faire des héros. Cote mal taillée entre ce qui se veut un rappel historique, et un roman anémique, qui peine à exister. Très oubliable opus, sans souffle et juste-milieu. Ce qui , sur un sujet pareil, tue.
    MC

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  8. eh bien : je ne retrouvais par le chemin de ce blog, dis donc … 😦

    tu vas trouver ça navrant mais un de mes romans de guerre préférés est … « Autant en emporte le vent ». je sais je sais Scarlett est odieuse, sudiste, raciste, esclavagiste, avide, ambitieuse, méchante mais voilà … c’est Scarlett et l’épopée quoique sujette à controverses dit bien des choses sur la guerre.

    sinon pour rester dans l’esprit du billet et des commentaires :
    Roger Vercel : « Capitaine Conan »
    Malaparte : « Kaputt »
    Vassili Grossman : « Vie et destin »
    Julien Gracq : « Un balcon en forêt »
    Williman Faulkner : des nouvelles sur la première guerre mondiale.

    je cite également :
    le journal d’Anne Franck, le journal d’Hélène Berr, le journal de Wanda (une très jeune polonaise qui avant de mourir à 17 ans épuisée dans les ruines de Varsovie rend compte avec assez de minutie et de maturité de l’insurrection polonaise contre les nazis).

    La Semaine sainte d’Aragon également évoque à sa manière (en filigrane) la grande guerre …

    et un jour … « Guerre et paix », un jour … (mais pas le temps).

    Quant à La garde blanche de Boulgakov : court roman d’une très grande beauté, en effet. qu’il a bien fait de cisailler, d’épurer, de rendre allusif … j’y ai ressenti (mais sans que cela soit possible) une parenté avec certains écrits de Virginia Woolf. Mais une Virginia Woolf en pleine guerre. L’exégèse Pléiade fait plutôt état d’une filiation avec Biély (auteur russe connu seulement de nom) et unit le roman aux « Falaises de marbre » de Jünger et au « Rivage des Syrtes » de Gracq. (pas lus).
    Merci infiniment pour ce conseil de lecture. très touchée.

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