Le roman « Une fratrie » de Brigitte Reimann,traduit par Françoise Toraille (éditions Métailié) raconte les déchirements d’une sœur,Elisabeth vivant dans la République Démocratique Allemande, en 1961 et de son frère adoré Uli qui veut gagner la RFA. La date est capitale puisque c’est l’ année de la l’édification du Mur de Berlin. Uli est un ingénieur spécialisé dans la construction de tankers ; il veut quitter la RDA pour être mieux payé et vivre à Hambourg loin de l’idéologie soviétique ,tandis qu’Élisabeth , sa sœur une artiste peintre,respecte les consignes du Parti jusqu’à un certain point. Son militantisme a consisté à rejoindre un Combinat , Schwzarze Pumpe , pour amener la classe ouvrière à la culture . Elle anime un atelier de peinture.,mais les difficultés bureaucratiques vont s’accumuler.

Au cours du roman , elle va se heurter aux consignes les plus bureaucratiques et strictes de la RDA avec la personne d’Ohm Heiners,vieux communiste.Il n’accepte pas la liberté artistique de la jeune génération revendiquée par Elisabeth, d’autant que celle-ci a la raillerie facile,la fougue de la jeunesse, et avoue avec une franchise suicidaire détester les peintures d’Ohm Heiners alors que ce dernier a pour lui les instances du Parti.
Elle devient donc une artiste « suspecte » et reçoit la visite d’un représentant de la Stasi. On sent que les utopies politiques du communisme confrontées aux réalités de la difficile vie quotidienne sont en train de perturber la jeunesse et de diviser les familles. En outre le fossé entre les générations s’agrandit.
Ce qui traverse ce roman, c’est d’abord le lien passionné et amoureux entre une sœur et un frère. La délicatesse dans les émotions, la franchise des sentiments, les dialogues qui sonnent authentiques, l’allant du récit, font vibrer certaines pages. Et c’est d’autant plusieurs prenant qu’on assiste à une déchirure idéologique dans cette fratrie .Le drame arrive quand Uli fait vraiment sa valise dans le pavillon familial et va définitivement quitter Elisabeth , son quartier, ses amis, son pays pour travailler à l’Ouest. Avec Brigitte Reimann tout est concret pour décrire combien il est difficile d’harmoniser les exigences d’une socialiste de bonne volonté avec les valeurs très masculines du gouvernement Ulbricht , constitué de communistes pour qui la violence, la domination, et la hiérarchie sont les principes mêmes de cette idéologie marxiste . Sans lyrisme, mais avec un frémissement révolté qui s’accroît au milieu du texte, la romancière fascine par la finesse de ses analyses, la sincérité du propos, la sismographie de ses élans du cœur, et la manière dont le « moi » féminin découvre la difficulté de vivre dans un univers si codé et masculin. La douleur vive qui traverse Élisabeth , le tragique des déchirures familiales, n’empêche jamais l’auteur de multiplier les images ironiques et de multiplier des accents amusés pour décrire ce monde complètement soumis au conservatisme obtus des dirigeants.

Chaque chapitre est souvent coupé par des souvenirs d’enfance, des flash-back , cette technique narrative peut, dans les premières pages, légèrement perturber la lecture.
Brigitte Reimann décrit admirablement les saisons, les jeux d’enfance, sa ville ancienne, confrontée aux perspectives du Plan et en quelques traits précis nous plonge dans le chantier charbonneux où elle travaille .
Rédigé entre 1960 et 1961, ce roman, autobiographique est aussi clair, net, intelligent, que ceux rédigés par Christa Wolf à la même époque, en particulier ce best-seller « Le ciel partagé », qui donnait également une idée riche et vraie de cette génération émergente , pleine d’enthousiasme.
Aujourd’hui on imagine mal que, jusqu’en août 1961, les citoyens de RDA pouvaient venir déjeuner à Berlin-Ouest,chez Kempinski sans aucun problème et revenir le soir en RDA après s’être promené dans les grands magasins illuminés sur le Kurfürstendamm , flâner parmi les rutilantes Mercedes des bourgeois de Berlin-Ouest , pour revenir le soir par le métro dans les rues quasi désertes de Berlin-Est.
L’intérêt aussi, c’est de comprendre quelles conversations pouvaient avoir les familles, avec d’un côté les jeunes qui subissaient l’éducation marxiste face aux parents et grands-parents,souvent considérés comme des petits-bourgeois irrécupérables,contaminés par des années de nazisme . Là encore, le roman est précis, mais il apporte une sorte de chaleur humaine,de vibration féminine , une vitalité, vraiment singulières.
On comprend les sentiments des grands-parents, qui passent chaque matin devant leur entreprise familiale qui fut florissante , dont ils ont été privés à l’arrivée des russes.
Les scènes qui montrent comment une jeune fille à la parole libre peut devenir en quelques minutes , avec un simple échange sur l’art, un ennemi du peuple.
Selon la fiche wikipedia ,Brigitte Reimann née 1933 à Burg, près de Magdebourg est l’aînée d’une famille de quatre enfants. Après son baccalauréat, obtenu en 1951, elle travaille en tant que professeur pendant deux ans. La mission dont elle et la plupart des collègues de sa génération sont chargés consiste à appliquer la loi sur la démocratisation de l’école allemande, adoptée en 1946 dans les Länder d’occupation soviétique.
Elle commence à écrire en 1955, publie Der Tod der schönen Helena en 1956. Elle participe alors au très officiel comité regroupant des auteurs de RDA (Association des écrivains de la RDA ) et devient alors très active dans le domaine culturel du SED, parti communiste au pouvoir. Ça ne va pas la mettre à l’abri de grandes difficultés.
Si on lit la postface de Nicole Bary, la traductrice qui connaît bien la littérature est-allemande, on apprend que lorsque « Une fratrie « parait en 1963 en RDA, le roman suscite des polémiques (parler de la Stasi et montrer une femme en pleine émancipation idéologique sont interdits) et les autorités exigent des coupures dans le texte.L’éditeur transmet la nouvelle à l’auteur qui écrit alors dans son journal intime : »Les propositions de modification du manuscrit sont arrivées:suppression de la scène de la Stasi et des discussions sur l’art, de même que tout ce qui est d’ordre sentimental et qui évoque le lit.. »
Un accord est trouvé , le roman paraît avec des coupes. Le lecteur d’aujourd’hui se demande ce qu’il reste d’intéressant si on supprime le cœur même de la problématique du livre: les désarrois d’une jeune femme qui n’accepte plus les consignes et le jdanovisme en Art, cette sorte de couvre feu intellectuel, et qui ,de plus, comprend les raisons que donne son frère Uli pour quitter le pays. Toujours est-il que le roman paraît en 1963.
Brigitte Reimann meurt d’un cancer en 1973, à 40 ans.

Personne en 73 ne sait alors où se trouve le manuscrit original complet. C’est en 2021 dans une maison qui fut occupée par la romancière ,au cours de travaux de rénovation que le manuscrit est retrouvé : il était dissimulé dans un placard, au grenier. En 2023 ,les éditions Aufbau publient le texte intégral.Triomphe.
Aujourd’hui, je regrette que les autres romans et le journal intime de Brigitte Reimann ne soient pas traduits en français car la presse allemande est particulièrement élogieuse sur l’ensemble de cette œuvre.
Précisons enfin que « La fratrie » de Brigitte Reimann fut couronné du prix Heinrich Mann en 1965, et que sa mort prématurée ne lui permit pas d’achever son roman, » Franziska Linkerhand » commençé en 1963, et inachevé.
***
Dan,s cet extrait, la narratrice raconte une escapade qu’elle a fait,parmi d’autres, venant de l’austère Berlin-Est, pour voir un ami, Gregory, qui lui, étudie dans Berlin -Ouest.Il l’invite pour quelques heures, avant la construction du Mur. Et la prose dit bien le sentiment d’irréalité que Berlin-Ouest provoque chez la jeune citoyenne de RDA .
« A la station Bahnhof Zoo* il ne se passait pas encore grand-chose à cette heure-là. Quelques années auparavant, j’avais souvent, venant de D. fait le crochet par Berlin-Ouest pour voir un ancien camarade de classe étudiant à la Freie Universität,l’Université libre.Il se faisait appeler Gregory.Nous allions voir un film sur la Steinplatz ou au cinéma Wien, et ensuite nous flânions sur le Kudamm, le long de vitrines resplendissantes dans lesquelles une unique robe s’étendait sur un fond de velours gris, sans indication de prix, juste à côté un sac à main, quelques rameaux fleuris, et Gregory achetait à l’un des stands odorants des amandes grillées brûlantes et très sucrées.

Par les soirs d’été, pas un souffle n’agitait l’air entre les immeubles, nous buvions du jus d’ananas et de pamplemousse, installés à une terrasse, sous des marquises en toile rayée ; les petites chaises rouges et jaunes rappelaient les gracieuses constructions en fil de fer que l’on voit sur des images représentant les cafés parisiens des Grands Boulevards. Le feu d’artifice silencieux des réclames jaillissait des toits et ruisselait sur les visages, les capots des voitures et l’asphalte, répandant ses encres bleues,vertes et dorées ; sur les murs frémissaient des signes flamboyants qui s’allumaient et s’éteignaient, et tout en haut, dans le ciel rougeâtre, étrangères, comme étouffées, scintillaient quelques étoiles.
La nuit venue Gregory me raccompagnait jusqu’à la S-Bahn**. Il me donnait toujours deux ou trois petits fascicules de chez Rororo***, des oranges, un rouge à lèvres français.Il déposait un baiser sur ma main puis restait immobile sur le quai,pas très grand, frêle, épaules tombantes, et par la portière, je voyais son profil de lévrier et l’ombre de ses cils longs et fournis. Il ne faisait jamais signe, il se tenait là, immobile, suivait le train du regard, il ne levait même pas la main.(..)

J’aimais ces soirées comme extérieures au monde qui était le mien, et leurs couleurs brillantes, les reflets de la lumière dans le fleuve noire de l’asphalte, la mélodie du Rififi**** qu’en ce temps là on pouvait entendre à tous les coins de rue, et les mains fines de Gregory sur la nappe- même une impression indéfinissable d’irréel émanait de tout cela, comme si je m’étais trouvée sur une scène, devant le décor d’un paysage exotique, et que ni Gregory ni sa rue n’avaient eu de rapport avec ma vie. «
*Bahnhof Zoo:gare ferroviaire de Berlin qui accueille les ligne régionales et grandes lignes.Cette gare pendant la période de la division de la ville a permis de gagner la gare de Friedrichstrasse,point de passage pour les voyageurs non motorisés.
** S-Bahn:métro aérien urbain
***Rororo collection de poche très populaire de la maison d’édition Rowohlt publiée en République fédérale.
****Rififi : musique du film « Du rififi chez les hommes » de Jules Dassin.
Désolée pour cette avalanche de commentaires (heureusement tardive pour ce fil, je ne dérangerai personne).
Si je me permets ces remarques, c’est en partie aussi pour avoir lu sur la Rdl votre résumé du film Barbara de Ch. Petzold — résumé que j’ai trouvé un peu orienté, un peu captieux par omission. C’est sans doute, tt simplement, que ns n’avons pas été marqués par les mêmes choses ds le film comme ds ce livre. Mais, par ailleurs, je tiens également compte du fait que je peux bien sûr me tromper, pécher par légèreté & par ignorance (& par goût de la contradiction)… Ce n’est peut-être pas bien grave d’aimer (la plupart du temps) les mêmes choses pour des raisons différentes ! (ou que je m’ingénie à présenter telles ?)
Un article un peu plus ancien de Michael Hofmann, à l’occasion de la traduction en anglais de la version complète du même roman, mentionne la traduction en anglais du Journal de Br. Reimann — peut-être peut-on espérer une version française ?
Ah, j’oubliais alors que ça m’avait fait sourire : je ne sais pas si vs vs souvenez du moment où l’héroïne a recours à un tableau (normal puisqu’elle est peintre) pour donner une définition imagée de ce qu’elle entend par la « pureté » de son fiancé Joachim : c’est un paysage d’Isaac Levitan qu’elle convoque…
Enfin, je découvre, à la suite de la lecture du roman de B. Reimann, celui de Lutz Seiler, Kruso — situé, lui, à une période bcp plus tardive, ds les derniers temps de la RDA ; c’est un roman tr différent — non seulement de Une fratrie, mais d’à peu près tt ce que j’ai lu — & pour l’instant tt à fait passionnant. Je me suis demandé si vs le connaissiez, & si ce n’est pas le cas, s’il serait susceptible de vs intéresser.
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D’accord pour le reste. La vivacité du personnage est en effet remarquable, ainsi que son apologie de la ténacité : l’un des arguments qu’elle oppose à son frère (& déjà à Gregory me semble-t-il) n’est-il pas « On n’a pas le droit de céder devant les difficultés » ? Elle applique elle-même ce principe lors de sa mésaventure au combinat (avoir recours à Bergemann n’allait pas de soi).
La composition du récit tt autant. Les retours en arrière, plongeant plus ou moins loin, à des époques différentes, de l’enfance à des épisodes plus récents, sont amenés par association d’idées, mais se situent ds le même gouffre (qu’ils remplissent & dilatent) creusé par le cri de rejet d’Uli « Je ne suis pas près d’oublier ça », « Jamais je ne te le pardonnerai », la veille de son départ prévu : 1ère occurrence, « ouvrante » comme on le dit d’une parenthèse, p. 9, c-à-d au tt début du roman & 2ème occurrence, « fermante », à la tte fin du ch. 9, p. 164, avant la résolution du 10ème & dernier chapitre.
Quasiment tt le roman s’inscrit donc ds l’effroi suscité par la perspective de la rupture de ce lien vital.
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Il est évidemment tentant d’imaginer que telle ou telle question est réglée, que certains maux (voire Le Mal) sont jugulés une bonne fois pour toutes — ouf, sauvés, on l’a échappé belle…
Plus de Ohm Heiners (c’est-à-dire, à mon sens, qqn qui agit non par conviction idéologique mais parce qu’il entend défendre son pré carré, & la rente dont il bénéficie* en fourguant des toiles reposant sur un procédé indéfiniment répété — qqn aussi dont la légitimité repose en gde partie sur une « identité », en l’occurrence de classe.)
Les peaux de banane, les coups fourrés au travail, la fabrication de rumeurs en vue de se débarrasser d’un(e) rival(e) menaçant(e) — au nom, bien sûr & en tte hypocrisie, des valeurs actuellement prônées & non négociables, ça n’existerait plus ?
Être dézingué(e) par de jeunes arrivistes aussi convaincus que zélés, se posant d’autant moins de questions sur les « dogmes » en vigueur qu’ils leur permettent d’exercer une autorité tout à fait disproportionnée à leur expérience & leurs capacités réelles, est-ce moins grave, plus facile à vivre, lorsqu’il ne s’agit pas de membres du parti mais de fringants DRH ou consultants chez EY ?
(*) Le roman ne manque pas de faire remarquer (il me faudrait retrouver la page) la contradiction entre les convictions supposées de Ohm Heiners & sa retraite ds un petit paradis privé (protégé par un chien de garde).
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Certes, Uli déclare : « j’en ai plein le dos… je ne peux pas rester ici, j’étouffe… Je me sens prisonnier derrière des barreaux d’imbécillité et de bureaucratie, je ne prends plus aucun plaisir au travail » (p. 83), mais aussi « Je laisse tomber vos gens, mais pas notre cause. » (p. 95), déclarant même son intention (soit donquichottesque soit peu plausible) d’adhérer au parti communiste allemand, interdit à l’Ouest, une fois de l’autre côté…
« Ce qui t’enverra peut-être en taule. »
« C’est mieux que d’y être envoyé par les gens de son propre bord. »
J’ironisai : « Pour sûr, le socialisme, c’est une belle cause tant qu’on ne l’a pas dans son propre pays. »
« Tant qu’on peut lutter pour lui, tant qu’il n’est pas galvaudé par des imbéciles », hurla Uli. (p. 96)
Sucrerie pour la censure, ajout pour motiver le dénouement souhaitable &/ou fine notation psychologico-politique appartenant pleinement à la construction du personnage ?
Comprenez-moi bien, il ne s’agit pas d’un point de vue idéologique, ni de rejouer la scène entre Konrad & sa petite sœur (traître, vendu ! vs. naïve, rêveuse, endoctrinée !), mais de ne pas diminuer la tension quasi tragique entre des aspirations et des valeurs incompossibles. De ne pas réduire ce roman à un intérêt seulement « documentaire », historique, une vignette pittoresque de ce temps-là, ds ce lieu-là. De ne pas lui refuser tte possibilité d’universalité & donc tte capacité d’intéresser des lecteurs pas spécialement passionnés par la RDA (soit 99,99%).
Il me semble qu’un regard rétrospectif & surtout triomphaliste (« présentiste », du moins si l’on est resté ds l’état d’esprit régnant à la période de la chute du Mur, 1989 & qq tps après) ne peut qu' »aplatir » le roman & empêcher d’y entrer vraiment — tt autant que le ferait la posture inverse d’absolue Ostalgie, prétendant qu’il s’agissait du paradis des travailleurs & que tt y était pour le mieux.
S’il n’y a pas débat, le livre tombe, dévitalisé.
Tte vision en noir & blanc, qq soit le côté auquel on attribue chaque teinte, annule d’emblée les enjeux du roman ; si l’un des deux faisceaux de valeurs, en l’occurrence celui soutenu, grosso modo, par le roman, est considéré comme radicalement illusoire &/ou négligeable, purement & simplement aberrant &/ou stupide, alors que l’autre choix est décrété « évident », sans reste ni regret aucun (ironiquement, en utilisant l’expression à front renversé, parce qu’a posteriori on peut dire que c’était celui-là qui allait « ds le sens de l’histoire »), comment y trouver un intérêt autre que muséal ?
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Paul Edel, vous écrivez à propos d’Uli : « il veut quitter la RDA pour être mieux payé et vivre à Hambourg loin de l’idéologie soviétique ».
Je ne suis pas tt à fait d’accord : cela s’applique bien plutôt à l’aîné de la fratrie, Konrad, qui part sans états d’âme avec sa jeune femme Charlotte & s’adapte très vite à la vie « de l’autre côté » — d’où rupture avec Elisabeth (qui ne lira même plus ses lettres) après une discussion houleuse chez Kempinski. Personnage relativement secondaire, certes, car situé hors de la relation fusionnelle entre Ulrich & Elisabeth, très proches en âge, mais qui acquiert une certaine importance du fait que sa défection constitue un précédent & une préfiguration possible (& abominable aux yeux de leur sœur) du destin d’Uli s’il traverse à son tour le miroir : il représente une figure de « traître » (débiteur par rapport au système qui a en qq sorte investi en lui & financé ses études supérieures de très bonne qualité, celles qui vont justement lui permettre de bien gagner sa vie).
Manipulation des sympathies du lecteur ? gage donné à la censure ? — c’est aussi le seul de la fratrie (du fait de son âge) à avoir été enrôlé dans les jeunesses hitlériennes.
Votre description pourrait aussi s’appliquer à un personnage présenté d’une façon moins négative, Gregory, l’ami d’Elisabeth qui aurait voulu qu’elle le rejoignît côté Ouest (démarche intéressée sur le plan sentimental, mais dont l’un des arguments semble particulièrement pertinent : connaissant le tempérament de son amie, il prévoit des difficultés pour elle ds l’exercice de son art, son exigence artistique devant fatalement se heurter aux directives politiques en la matière). Comme Uli, Gregory a été victime d’une injustice pendant sa scolarité, parce qu’il n’était pas membre du Parti, mais comme Konrad semble-t-il (& contrairement à Ulrich), sa conviction était déjà faite.
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https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-conversation-litteraire/de-l-amitie-litteraire-aux-horizons-lointains-avec-jean-echenoz-et-olivier-rolin-3006167
Voilà le lien de l’émission.
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Olivier Rolin , »Vers les îles Éparses » (éditions Verdier)
Ce récit de voyage à bord d’un navire de la Marine nationale, depuis La Réunion jusqu’à ces cinq îles éparpillées autour de Madagascar. ..
Il en parle avec beaucoup d’humour.
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En ce moment sur France culture : « De l’amitié littéraire aux horizons lointains avec Jean Echenoz et Olivier Rolin. »
Le journal de voyage que vous avez évoqué…
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« Nous voulions être ensemble. Certaines bêtes ont ce flair bien avant d’être menées à l’abattoir. Comparaisons qui n’ont pas à être justifiées, ni du reste rétractées. Nous ne savions rien,il n’y avait pas de signes avant-coureurs. Sous des prétextes futiles, chacun cherchait la présence de l’autre. Une solitude viendrait, contre laquelle nous voulions faire provision de vie commune. Qui donc peut-être de tenir en permanence sur la face diurne de la terre ? Comment s’interdire de retourner, ne serait-ce qu’en esprit, sur ces lieux, aujourd’hui désertés, qui durent jadis fixer cette substance volatile que, faute de mieux, on appelle bonheur. Faut-il céder à la tentation ? En a-t-on seulement le droit ? Dérouler une nouvelle fois ce fond. Déployer ce ciel. Suivre les mouvements de ces silhouettes fortuites, comme un enfant suit du doigt le tracé d’un labyrinthe sans jamais trouver l’issue.
Terrifiante question. »
Page 25 – Scènes d’été – roman. (Stock) . Christa Wolf. Traduit de l’allemand par L.Haag et M-A. Roy.
Souvenirs passés dans un village du Mecklembourg du temps de la RDA. Conçu des la fin des années 70 et terminé en 1989. Une chronique mélancolique juste avant l’effondrement de ce système pétrifié.
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Beau texte dear Pauledel, danke Renato…Comme une bobine noir et blanc sortie des caves d’une cinémathèque. Malheur de mourir à quarante ans en rda, comme à quinze ans Hongrie les mêmes années. Le Schwarze Pumpe est une Kneipe de Berlin Mitte devenue trop chic, dans un quartier à la population qui n’a connu ni le mur ni la ddr. Mais ceux qui avaient vingt ans à la chute du mur liront ce livre.
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