On a failli perdre le souvenir du grand critique littéraire Jacques Rivière(1886-1925). Il fut également critique d’art,de musique, génial découvreur et passeur d’écrivains majeurs, romancier, et éditorialiste politique. C’est lui qui donna le grand élan à cette revue , la NRF, qui devint (avec André Gide) le foyer incandescent de la meilleure littérature de l’époque, et qui devait se regrouper sous la la couverture blanche de Gaston Gallimard.

Rivière est mort à Paris il y a cent ans, le 14 février 1925, de la fièvre typhoïde.Grace à la superbe édition dans la collection « Bouquins /Mollat » on redécouvre celui qui fut l’ami de Marcel Proust, au moment où ce dernier avait des difficultés pour être publié par la NRF. Grâce à cet épais volume de plus de 1100 pages, avec une préface de Jean Yves Tadié, cette édition établie avec grand soin, par Robert Kopp et la collaboration d’Ariane Charton (qui précise bien les domaines où il excella), on mesure l’étendue de ses talents et sa très précoce maturité.. On découvre le sourcier qui sait où se trouve, en germe, dés les premiers textes, le grand écrivain.Il sait quelles sont les tendances de sa génération avec un goût sûr et une analyse raffinée. En feuilletant cette édition on découvre émerveillé ce qu’il écrit sur le tout jeune taureau Claudel, qu’il repéra dés ses premières pièces « Tête d’or » et « La ville » : »Pour considérer ce caractère du Lyrisme sous un aspect plus proprement littéraire ,la foison des métaphores reforme autour du drame une atmosphère de plein air, et rétablit la circulation, du vent et de la lumière.Elle nous fait sortir de l’alcôve, du salon, du jardin d’hiver , où s’étiole le théâtre contemporain. Par elle nous nous sentons replacés au milieu du vaste monde et nous en respirons avec des sens rafraîchis la virginité. Je n’ai peut-être jamais éprouvé de sensation aussi pure, aussi salubre .Rivière cite alors ce passage de l’Echange :
J’étais empêtré dans le chaud, j’étais emmêlé dans les draps
Et je suis sorti tout nu, et des pins
Les gouttes d’eau me tombaient entre l’oreille et l’épaule.
Et d’un coup je me suis jeté, la tête en avant ,
Dans la mer, telle que le lait nouvellement trait. » Conférence prononcée à Genève le6 février 1918.
A propos de Rimbaud : »Quelque chose de débordant, encore que d’invisible, émane de tout son être.Il y a dans son apparition un -je-ne-sais-quoi de flamboyant et de saturé qui décèle les personnes surnaturelles. Il est le messager terrible qui descend dans l’éclair, tout debout, l’exécuteur d’une parole inflexible,le porte-glaive.
Si l’on consent à reconnaître ici l’image du véritable Rimbaud, tout devient clair dans son attitude.Et d’abord son intolérance, l’impossibilité à « être au monde » dont il souffre.Car il n’est pas fait pour demeurer ici-bas ; il n’est pas disposé pour ses questions, il ne les entend pas et celles qu’il pose n’ont pas de réponses en elles.(..)Il n’est pas en dessous de la vie;mais au contraire il la déborde, il ne peut s’y réduire, y rentrer, s’y tasser. »
Valery Larbaud : « Fermina Marquez n’est donc qu’une ébauche de roman.Mais déjà d’une exquise qualité;Sans qu’on puisse savoir comment, bien que la scène se passe à deux pas de Paris, on se sent transporté dans un monde infiniment étrange et lointain.Le conflit de ces cœurs adolescents ,leurs appels les uns vers les autres,leurs luttes contre eux-mêmes, contre leur naissant caractère ; tout cela est exprimé avec cette vérité, avec cette naïveté, qui nous arrachent à nous-mêmes et nous donnent la sensation des reconnaître ce que nous n’avons jamais vu. »
Avec Gide( qui l’installa définitivement à la tête de la Nrf) il n’est pas complaisant.Dans une conférence de février 1918 sur le jeune Gide, il garde la distance critique :

»Au moment où il écrivait « La Tentative amoureuse » , Gide menait encore cette vie de salon, toute factice, toute désœuvrée sous les dehors d’une activité trépidante, qui n‘était que le prolongement , sous une forme nouvelle, de son enfance un peu cloîtrée ; il ignorait tout du monde extérieur.Vint la maladie, et surtout vint la convalescence.(..)Cette renaissance, Gide l’a contée deux fois : dans Les Nourritures terrestres d’abord, en 1898,puis dans L’immoraliste, en 1902.Par le style,par la composition, par toutes les qualités techniques, la première de ces deux confessions s’apparente étroitement aux œuvres que nous sommes en train d’étudier, c’est dire aux œuvres de facture symboliste.Les Nourritures terrestres sont un des plus beaux livres de Gide, un des plus étranges et des plus séduisants que connaisse notre littérature. Comment le définir ? Est-ce un hymne,un cantique ? Est-ce encore un traité de morale ? Est-ce un catalogue ? Le catalogue de tous les plaisirs terrestres ? Ou mieux, de toutes les impressions,plaisirs et douleurs confondus , qu’il est possible de goûter ici-bas ? L’incertitude où nous voici plongés pour en donner une idée simple et précise remplirait Gide de joie.Car il n’aime pas les œuvres trop définies et de n’agir sur ses lecteurs que dans un sens. » Ici, tout est clair, fluide, exprimé avec goût, sans jargon. Il indique la bonne filiation,fait sentir de manière concise la sensibilité gidienne avec les nuances qui conviennent. Exemplaire !

Exemplaire aussi son intérêt pour les poèmes envoyés par Antonin Artaud. Un échange de lettres a lieu entre Mai 1923 et Juin 1924.Le refus circonstancié des poèmes d’Artaud par Rivière incite Artaud à s’expliquer .Ce dernier dévoile avec brio ses objectifs et son originalité (« le cri même de la vie » ).Jacques Rivière lui répond, fasciné,et sans doute profondément ému. Leur échange , est si passionnant, direct, lumineux que Rivière propose à Artaud de le publier . Ce qui fut fait. Et surtout, on sent que, de part et d’autre, les épistoliers se comprennent, s’estiment .I Dans une lettre, Rivière répond à Artaud qui a utilisé l’expression « évanouissements de l’ âme » ..
« Évidemment il y a des , à ces évanouissements de l’âme, des causes physiologiques, qu’il est souvent assez facile de déterminer. Vous parlez de l’âme « comme d’une coagulation de notre force nerveuse », vous dites qu’elle peut être « physiologiquement atteinte ».Je pense comme vous qu’elle est dans une grande dépendance du système nerveux .Pourtant ces crises sont si capricieuses qu’à certains moments je comprends qu’on soit tenté d’aller chercher, comme vous faites, l’explication mystique d’une « volonté méchante », acharnée du dehors à sa diminution.
En tout cas, c’est un fait, je crois, que tout une catégorie d’hommes est sujette à des oscillations du niveau de l’être. Combien de fois, nous plaçant machinalement dans une attitude psychologique familière, n’avons nous pas découvert brusquement qu’elle nous dépassait, ou plutôt que nous lui étions devenus subrepticement inégaux ! Combien de fois notre personnage le plus habituel nous nous est-il pas apparu tout à coup factice, et même fictif, par l’absence des ressources spirituelles ou « essentielles », qui devaient l’alimenter ! »
Plus loin, dans la même lettre, Rivière revient sur un point abordé par Artaud , celui d’une « Un âme physiologiquement atteinte ».
Jacques Rivière :
« C’est un terrible héritage. Pourtant je crois que sous un certain rapport, sous le rapport de la clairvoyance , ce peut être un privilège. Elle est le seul moyen que nous ayons de nous comprendre un peu, de nous voir, tout au moins. Qui ne connaît pas la dépression, qui ne se sent jamais l’âme entamée par le corps, envahie par sa faiblesse, est incapable d’apercevoir sur l’homme aucune vérité ; il faut venir en dessous, il faut regarder l’envers ; il faut ne plus pouvoir bouger , ni espérer, ni croire, pour constater. Comment distinguerons- nous nos mécanismes intellectuels et moraux, si nous n’en sommes pas temporairement privés ? Ce doit être la consolation de ceux qui expérimentent ainsi à petits coups la mort qu’ils sont les seuls à savoir un peu comment la vie est faite ».
Jacques Rivière fut aussi un critique d’art perspicace.

A propos de Cézanne, en mars 1910 ,moins de quatre ans après la mort du peintre , il écrit :
« Non moins que leur situation, de ces toiles m’émeut la durée. La même pesanteur maintient les choses dans;le temps qui les maintenait dans l’espace:elles subsistent, elles sont attachées à leur propre permanence.La couleur en effet n’est pas celle que la lumière parsème,répand comme une eau sur les choses ; elle est immobile, elle vient du fond de l’objet, de son essence ; elle n’est pas son enveloppe,mais l’expression de sa constitution intime ; c’est pourquoi elle a la dense sécheresse de la flamme et garde dans l’apparence cette intériorité de ce qui se nourrit de soi-même.. »
Il ne cache pas sa désapprobation devant le mouvement cubiste :
« Parce qu’ils ajoutent- trop de choses, ils ne peuvent que les placer les unes auprès des autres, que les entasser sans les combiner.Ils posent l’addition,mais ils n’arrivent pas à faire la somme. »
Côté musique, Rivière fut marqué et impressionné par Debussy,Ravel,Franck et aussi Wagner. Il commente « Tristan et Isolde » , après avoir assisté le 7 novembre 1910 à une représentation à l’Opéra de Paris , sous la direction d’André Messager.

« Parmi cet étouffement les voix montent sans relâche, travaillées par l’effort de la volupté. Elles commencent dans une sorte de délire sourd ; elles semblent avoir à soulever toutes les ténèbres;elles s’arrachent à l’ensevelissement ; elles grandissent avec un malaise immense.Elles sont une invocation qui rend au bas de l’âme; elles naissent comme une parole si sombre qu’elle nous était à nous-mêmes inconnue.Quand il touche les mornes limites de la sensualité,l’être, égaré, ne trouve plus à donner que sa mort:la mort en lui, devient une sorte de sentiment démesuré,informe comme l’ombre, et qu’il essaie pourtant de saisir et de présenter. Le chant entreprend cette offrande formidable,il bénit la dissolution avec une solennité violente, il s’élève ainsi qu’une prière noire, il est l’évasion des grandes eaux funèbres, cachées au fond du cœur. »
Les deux œuvres d’imagination de Rivière, -dont l’une est inachevée- qui complètent le volume. Ces récits tirés à quatre épingles ressemblent bizarrement au Jacques Chardonne des années 30 ces œuvres qui s’attachaient à la psychologie du couple dans une austère rigueur qui ressemblait à une autosurveillance, sous le regard des grands psychologues classiques dont le modèle déposé inusable reste « la princesse de Clèves ». de Madame de Lafayette.Quand la galanterie passe pour le comble du raffinement littéraire…
Mais ce qui est passionnant dans ce volume, c’est que la critique littéraire est ici le contraire d’un comte rendu de lecture passif, ou une une annotation expéditive façon copie de prof, encore moins un jugement hâtif et péremptoire. Avec Jacques Rivière c’est une audace intellectuelle, un enthousiasme argumenté sans aucune négligence de style. Il entretient un dialogue complet de compréhension avec l’auteur sans une seule petite nuance d’arrogance. Sous l’écriture sobre, surveillée, il cache des élans vrais et sincères.
.Que lui reprocher ? Sans doute un sérieux de bon élève de khâgne , mais avec l’avantage d’ignorer le flou, les conventions du Milieu, le ton cérémonieux, l’égotisme gidien vite insupportable, la familiarité goguenarde,le ton triomphant du premier traîne-patin de salle de rédaction,le militant moraliste bêlant. Il se tient calme et droit.
Jamais, chez lui, quelque chose de sarcastique, de jargonnant, ou de pompeux universitaire. Chez lui, tranquillement, posément, ni censure politique et morale, ni longs discours théoriques ,ni linguistique. Dans le ton, dans chacune de ses interventions il y a presque du journal intime de sa sensibilité dans chaque critique.Fait prisonnier dés le 24 août 1914, il restera longtemps au nord de Brême, sera transféré en Suisse le 16 Juin 1917,comme prisonnier de guerre interné. Sa famille s’installe à Genève. Il ne rentrera en France qu’en juillet 1918. J’ai essayé de lire ses essais politiques du : »D’une utilisation modérée de la victoire », ou des « notes sur la nationalisme allemand » et même s’il a de bonnes vues sur les dégâts et périls du nationalisme germanique , cette prose grise me tombe des mains. Mais ça doit être sûrement précieux pour les historiens .

Revenons au grand critique. Il saute sur un écrivain bien déconcertant pour le bourgeois, Rimbaud ou Claudel, et lui lui donne les bonnes clés. Au fond lire bien ça s’apprend comme le piano ou le jardinage. On lit, bien sûr, en filigrane, qu’il mène un sournois combat contre les paresses du Milieu littéraire, ou évite les guéguerres politiques, avec la Droite du clan Maurras et contre le moisi idéologique d’une époque. Approche mesurée, exigeante , professionnelle de la lecture. Freud le marque et l’influence -comme il a marqué Virginia Woolf à la même époque car il cherche dans les meilleures œuvres ce substrat psychique qui le fascine et qu’il a abordé avec Artaud.
Nous sommes loin de cette approche assez commerciale, expéditive, que proposent la plupart(pas tous, heureusement..), des journaux actuels. Fascinés par les chiffres des best-sellers, ils réduisent la critique en panurgisme commercial et réduisent la voilure.
Jacques Rivière fut comme Léon Daudet, un sourcier, un prophète qui repèra les grands auteurs, dès leurs premiers textes. Et les commenta avec brio, aisance, justesse.
Actuellement la critique littéraire manque de Jacques Rivière. Mais la lecture, et pas seulement la critique se porte mal actuellement.

« Les Français lisent de moins en moins », peut-on lire dans les journaux. Selon une étude du CNL menée par Ipsos et publiée mardi 8 avril, seuls 45 % des Français déclarent lire quotidiennement, sur format numérique ou papier, un chiffre jamais atteint depuis la création de l’étude, il y a dix ans.
Autre chute vertigineuse, les Français lisent en moyenne dix-huit livres par an, quatre de moins qu’il y a deux ans.Il y a ceux qui lisaient,mais ne le font plus. Les « décrocheurs », comme les appelle Etienne Mercier, directeur du pôle opinion d’Ipsos, ce sont les 50-64 ans qui battent des records. Leur part de lecture quotidienne baisse de 15 points par rapport à la dernière étude du Centre National des Lettres qui date de 2023
On apprend aussi dans « Le Monde » que les liens entre les auteurs et les éditeurs se détériorent. On note que les problèmes de diffusion se multiplient .Le système des têtes de gondole a atteint ses limites et détourne du reste de la production. Les contrats apparaissent de plus en plus léonins , indéchiffrables pour l’auteur, défavorables en pourcentages accordés et en à-valoir. Dans certains secteurs (BD ou livres pour enfants) la rémunération ne cesse de diminuer. Enfin trop de maisons d’édition disposent d’ une comptabilité curieusement « défaillante », mal tenue ou absente, pour rémunérer les auteurs, ou simplement leur donner une comptabilité fiable tenue à jour chaque année.
Selon une enquête menée par la société des gens de lettres près d’un tiers (31 %) des écrivains interrogés considèrent en effet que leur relation avec leur éditeur s’est « dégradée » au cours des trois dernières années.
Enfin retour de la censure . Aux États-Unis, la censure des auteurs gagne du terrain, jusqu’à concerner « Le Journal d’Anne Frank », retiré de certaines bibliothèques publiques. On caviarde certaines pages, on modifie des titres . Le politiquement correct vise à débarrasser les bibliothèques publiques de certaines œuvres considérées comme racistes, misogynes, ou donnant des images des minorités humiliantes. L’IA fait peser sa menace sur le travail des traducteurs.
Le critique littéraire est donc une espèce menacée, comme les éléphants de Sumatra, le gorille des plaines orientales,le marsouin aptère du Yangsté.
Ce magnifique volume « Jacques Rivière, critique et création » nous ramène à un âge d’or de la lecture, de l’analyse littéraire, un âge des enthousiasmes pour ce qui s’écrit de mieux et fonde la sensibilité et la philosophie d’ une époque.
En fermant ce volume, je me demandais ce qu’aurait écrit Jacques Rivière à propos de Le Clézio, d’ Annie Ernaux, de Houellebecq, de Kamel Daoud, d’ Amélie Nothomb, ou de Jean Echenoz.
Merci, Elena.
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Votre portrait de Rimbaud est conforme à celui de RIvière… Et surtout à celui, très récent, du poète Philippe Pichon qui en pince beaucoup plus pour Verlaine…
Voir son dernier opus : rimbaud@verlaine.fr, paru aux éditions de Flair…
https://www.editionsduflair.fr/catalogue/rimbaud-verlaine-fr
(p. 26 – Arthur et Paul sont sur une embarcation poétique. La barque littéraire chavire, l’un des deux tombe à l’eau, qui reste-t-il ? Verlaine. C’est littérairement peu discutable).
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Qq mots (hors sujet, pardon) en passant
📌 pour dire à Paul Edel que j’ai enfin commencé la lecture de La Comédie de Charleroi (le critique ne clame pas tjs ds le désert, il arrive qu’on l’entende — la répétition, l’insistance pédagogiques finissent par payer).
📌 proposer mes bons offices pour dissiper un malentendu (alors que personne ne m’en a priée, re-pardon) en suggérant à Christiane d’envisager une autre explication à ce « La » solitaire (15 avril 2025 à 8:43) : au lieu d’y voir un propos délibéré (dirigé contre elle), & de l’interpréter comme une correction aussi sarcastique que laconique de ses propres « là », ne serait-il pas bcp plus simple de supposer qu’il s’agit d’une fausse manœuvre sur le clavier, d’une pression maladroite sur la touche « envoi » ? D’autant que le commentaire suivant de Paul Edel, 15 avril 2025 à 8:56, commence par un « La » : « La colère, la vacherie, le sarcasme » — rimbaldiens (& non édéliens).
De même que des indications bibliographiques du cours précédent, restées sur le tableau noir, peuvent se voir prises pour un poème & interprétées en tant que telles par des étudiants (Stanley Fish), un « loupé » non supprimé peut passer, coïncidence aidant, pour un message. Quelle que soit la nature (littéraire ou non) du texte que l’on découvre, on lui suppose un sens, une cohérence, mais il me semble de bonne méthode d’être flexible, disposé(e) à ajuster, réviser, modifier ses hypothèses (au cours de la lecture d’un roman — ou, ici, a posteriori). Non plus Is There a Text in this Class? mais Y avait-il un commentaire sur ce blogue (à 8:43) ?
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Merci quand même pour l’élégant « La ».
OK, je me désabonne. Je vous laisse avec l’écran noir.
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Maintenant, autre question… de grammaire. Pour quelles raisons « la » change de nature et prend un accent selon le signe de ponctuation qui suit ? Oh la la, ou… oh là là !
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J’ai relu pour retrouver les passages que vous aviez cités pour Rimbaud. La suite est cohérente.
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J’ai beaucoup de réserve aussi pour son approche de Matisse dont il ne voit que la splendeur intellectuelle, le peintre « à part des choses », « sensuel par accident »…
Je suis ailleurs .
Le dessin de Matisse c’est la fluidité des douces arabesques, l’effacement de la perspective, (multiplication des paravents , rideaux, papiers peints…) qui plonge celui qui regarde ces toiles dans la lumière des couleurs primaires éclatantes et saturées qu’il chérissait.
« Luxe…, calme et volupté »… Le nu bleu… et le rose… Intérieur au bocal de poissons… Intérieur aux aubergines… Le rêve…
Tout un monde sensuel, vibrant.
De même que l’approche du cubisme de Rivière est très particulière.
C’est un homme qui écrit admirablement mais je doute beaucoup de ses approches de critique, parfois.
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Eh bien, je préfère le Rimbaud que j’imagine à partir de certains de ces poèmes.
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Oh là là ! Je n’aime pas….
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La colère, la vacherie, le sarcasme la hargne font partie de Rimbaud, de son ton, de sa sensibilité, et se lisent autant dans certains poèmes que dans ses lettres ». . Il passe à la tronçonneuse, dans une lettre à Demeny, tous les poètes du XIXème siècle. Il aime choquer, déstabiliser, même ceux qui l’aiment. Il se moque du Vieillard Hugo à Guernesey dans le poème « l’homme juste ». Il « chie » sur les paysans ,les prêtres, et les bourgeois dans des lettres à Verlaine. Il arrive à Paris et demande pourquoi les Communards n’ont pas flanqué par terre les peintures du Louvre. d’ailleurs il affirme qu’il déteste les peintres. Ce n’est pas pour rien qu’il quitte la France. Il souhaite d’ailleurs que les prussiens restent le plus longtemps possible en France. Arrivé à Aden il se plaint des marchands européens et des arabes ; oui, la hargne, la colère, le jugement liquidateur, sont des traits fondamentaux de Rimbaud. La hargne est un carburant et lui permet d’aller loin dans sa révolte littéraire, morale métaphysique, patriotique etc.. Pourquoi Le nier? Rivière avait vu juste.
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La
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Oh là là, je n’aime pas du tout le portrait de Rimbaud que fait Rivière ! Il n’est pas ce qu’il écrit : haine, rage, indifférence.
Basta ! Je retourne à la peinture et à la musique. Là, il est convainquant.
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Rivière est vraiment fort ! Comme MàC aurait aimé lire ces lignes, lui qui aimait tant Rouault.
« Rouault prend de la matière pour la fixer, tandis qu’elle bondit. Sans bouger il la poursuit, il cherche à se rendre maître de sa fuite en l’imitant avec les mains. Mais la matière résiste (…) C’est pourquoi l’image chez Rouault semble toujours appelée du fond de la toile avec des doigts fiévreux ; elle n’est pas tranquillement posée sur le papier, mais elle lui est arrachée par les balafres du dessin. »
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Jacques Rivière et la musique. Je ne m’attendais pas à cette partie. Olivier Bellamy l’introduit habilement. Bien sûr, Rivière n’est pas critique professionnel et pourtant il pénètre les secrets de la musique, avec ses doutes.
Ces textes sur la musique tentent de « définir l’indéfinissable ».
J’ai choisi, pour avoir travaillé sur cette chorégraphie, « Le Sacre du printemps » ce que Rivière écrit .
Les Ballets russes, Stravinski et surtout Nijinski.
« Cette chorégraphie anguleuse pour représenter la gesticulation encore informe et maladroite d’êtres primitifs. Cette musique si étouffée n’est que pour peindre l’épaisse angoisse du printemps. (…) Nous assistons aux mouvements de l’homme au temps où il n’existait pas encore comme individu. (…) Monde plein de ténèbres. (…) C’est la danse avant l’homme (…) la terreur « panique » qui accompagne l’ascension de la sève. Le printemps vu de l’intérieur, le printemps dans son effort, dans son spasme, dans son partage. »
Magnifique !
Jamais lu une telle approche de cette musique et surtout de la chorégraphie incroyable de Nijinski.
Critique littéraire, oui, mais pas seulement. Peut-être que Jacques Rivière, je l’attendais pour l’écouter parler peinture et musique…
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C’est un livre qui n’exige pas l’assiduité. Toute une vie de Jacques Rivière par ses chroniques à la NRF. Surtout littéraires mais j’aime aussi ses autres regards.
Je découvre son écriture, ses réactions face à la création. Lentement. Au rythme de mes envies d’aller plus loin. C’est un livre utile, comme une mémoire du long temps de vie. On y croise tant de créateurs….
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Bon, ne pas refaire la même erreur ! Là c’est bien Ariane Charton qui rédige la notice « Alain Fournier ». Elle le fait subtilement pour évoquer en même temps Jacques Rivière.
C’est précis et vraiment intéressant car l’un et l’autre étaient très liés du temps de leurs études et après, dans la vie, par leur passion de la littérature, de la musique. Mais pas de la même façon. Ariane Charton cite des extraits de courriers échangés (189 lettres). Délire littéraire écrira Fournier de Rivière. Fournier lit pour enrichir son oeuvre, Rivière cherche « la chair et l’âme de celui qui l’accueille, afin de le comprendre ». Hypersensibilité… Rivière sait quels auteurs ont compté pour Fournier. Il l’analyse comme il le fera de Claudel.
C’est un très bel article qui permet de connaître ces deux hommes de plume, l’écrivain et le critique littéraire.
Bon j’arrêterai là pour ne pas envahir l’espace. Livre formidable. Collection Bouquins toujours aussi séduisante par sa qualité et sa présentation. Et puis j’aime ce format bien adapté aux mains des lecteurs. C’est avec elle que j’ai découvert Proust.
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Encore désolée pour le lapsus. J’ai lu tant d’articles et de livres sur la peinture de Stéphane Guégan que voulant citer Jacques Rivière, son nom s’est glissé dans ma pensée, involontairement. Mais tous ces écrits sur Cézanne sont bien de Jacques Rivière.
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Oups, une erreur !
« Et Guégan reprend son idée »
C’est bien sûr J.Rivière qui est cité par Guégan dans ce portrait si juste de Cézanne.
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Vous avez bien fait de signaler ce livre. J’aime sa construction, très claire.
Ariane Charton a retrouvé Alain Fournier. Je garde cette grande première partie pour mon plaisir.
Pour l’instant je retourne à Cézanne. Stéphane Guégan a fait un choix dans les écrits de Jacques Rivière formidablement intéressant dans les articles principalement confiés à la NRF.
S.Guégan met en doute les qualités de critique d’art de J.Rivière. Voilà qui m’intéresse. D’autant plus que pour Cézanne, qu’il juge le plus grand des peintres, il se concentre sur son apparente maladresse qu’il rejette en quelques mots. Il s’attache à la lenteur du pinceau qu’il devine puisque Cézanne est mort depuis 10 ans. Il ressent l’attention de Cézanne, son entêtement, sa patience. Ah, quelle joie de le suivre pas à pas !
« Jamais rien pour le spectateur. »
Et Guégan reprend son idée : « Cézanne n’invite pas le regard : il ne fait pas signé ; il ne s’adresse pas ; il peint en solitude. (…) Il n’a affaire qu’aux choses (…) De là cette sévérité si émouvante. Ces toiles ont une ampleur serrée. (…) Le tableau pèse vers le bas. »
Et ce que vous aviez noté dans votre billet sur « la pesanteur qui maintient les choses dans le temps. »
Il s’attache aux superpositions successives que le peintre façonne pour arriver au ton juste. « L’ineffable confiance de la lassitude des portraits de Madame Cézanne « .
Quel régal. Il faut que Closer lise tout cela.
Trois pages qui m’apportent un intense bonheur. Comme il a bien regardé les toiles de Cézanne !
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Anonyme, malgré moi, les mots sont indisciplinés et s’échappent sur l’espace très noir de l’écran; j’ai apprécié la présentation que vous faites de J.Rivière ( livre trop lourd pour que je puisse le lir.e) La correspondance Fournier-Rivière évoque clairement la boulimie des 2 amis pour la vie culturelle et artistique de leur temps.Ce que vous suggérez de l’époque actuelle m’a semblé très « noir » et mériterait un développement,assurément indigeste. Ce qui fait pour moi le charme et l’intérêt des « Carnets » c’est la fluidité du style, liée à la perspicacité des analyses. le « carnet sur Ingmar Bergman .et ses 2 chefs opérateurs est fabuleux. Les pochades,sur la plage sont un régal. CUT,c’est assez. ces jignes vont-elles passer ,??
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Je viens de mettre un message chez Passoul…. Je n’avais pas vu qu’on pouvait recommencer à poster ici, Paul. C’est une bonne nouvelle. Toutes mes excuses… Mais grâce à Maestri Renato, plus d’erdéliens iront lire le généreux papier sur ce Jacques Rivière gagnant sans doute à être mieux connu, s’il représentait à vos yeux une espèce en voie de disparition. Bien à vous, from J J-J.
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Je suis « malvoyante » pour éviter « non voyante « …. je « lis » les carnets ,il a fallu trouver un truc ! ce carnet très incisif est très noir ; j’essaierai un com. plus tard, avec un peu de patience…
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Je lis plus loin ce qu’il ressent devant les toiles de Cézanne. Balancier avec à l’autre extrémité, Rimbaud. Oui, Cézanne est lourd, tenace, solide. Ses pommes pèsent comme le bois de la table, comme cette montagne qui n’a jamais cédé malgré les toiles qui tentaient de la capturait. Il est devenu de terre brune. Même ces trois baigneuses, inquiètes et apaisantes comme plantées dans le cadre de la toile. J’ai hâte de lire les mots de Rivière. Cette matière qu’est la peinture. Cézanne qui lui aussi sentait peser une « chaleur stupefiante ». Sentir tout cela avec des mots. Quelle aventure…
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Ce qui me fascine au milieu de toutes ces explications, c’est ce qu’il comprend de Rimbaud comme si la pesanteur ne suffisait pas à le retenir. Ainsi à propos des questions du monde qu’il n’entend pas, qu’il ne comprend pas, auxquelles il ne peut pas répondre. Oui, il choisit la brûlure de l’éclair qui fend la vie avec un goût de mort. Dans la cendre de ce bûcher, il part, fait du négoce, se ronge loin des mots dont il a dispersé les cendres au vent des sables.
C’est bien cette chance donnée à Rivière, ce livre de 1100 pages. C’est bien que certain en parle et en parle bien.
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