Surgissement de Houellebecq et « La Nausée » de Sartre

   Ce qui trouble dans Houellebecq c’est sa façon dont il bouscula le paysage littéraire français. Aujourd’hui l’Europe entière veut le lire et le questionner comme un maitre à penser notre époque.

  Je me souviens de ma lecture   du roman « Extension du domaine de la lutte », publié en 1994(aux éditions Nadeau ne l’oublions pas…)  C’est le choc, un vrai ! C’est   une agression absolue contre l’époque et son ronron littéraire, j’ai vécu ça comme un trou de cigarette dans la toile cirée littéraire, enfin un écrivain surgissait qui disait que la société française était en dépression et que cet homme seul, anonyme dans la foule (qui intéressait  tant Simenon) était en danger de mort sociale et ce diagnostic médico-sociologique s’accompagnait -étonnant-  d’un mépris absolu pour un   emballage stylistique  plaisant.  Aucune quelconque séduction : pas même d’écriture blanche, pas de couleur du tout.  Il écrit moche mais pratique.

Et ce qui trouble aujourd’hui, c’est quand je lis le dossier de presse de « La nausée » de Sartre. Il fait en 1938 le même effet que Houellebecq en 1994.  Écoutons Edmond Jaloux un des plus fins critiques de l’époque : « Aucun livre, me semble-t-il-, n’a versé à son lecteur une pareille somme de dégout. Cependant une lumière bizarre perce peu à peu dans les ténèbres de ce roman (..) Il faut lire « la Nausée » pour voir à quel degré d’angoisse et de douleur peut aboutir cette recherche éperdue de la notion d’être. Il s’y ajoute, je le répète, le monde moderne avec toutes ses failles et toutes ses déficiences, avec ce chaos général ù il est si difficile de s’orienter. » troublant constat, on pourrait dire la même chose du premier Houellebecq.

 Jaloux aurait pu en dire autant de deux premiers romans de Houellebecq. Phrases dissolvantes comme un flacon d’acide, brutales pour parler sexe et déprime, phrases nues et si exactes pour parler misère sociale de l’homme anonyme dans les grands ensembles, et ce marmonnement las d’un dépressif si surprenant pour dénoncer les duperies, mensonges, comédies que la société se donne du matin jusqu’au soir . Ni plainte ni auto compassion narcissique. Aucune fureur magistrale à la Thomas Bernhard, aucun effet lyrique argot  popu à la Céline, mais un diagnostic griffonné d’un naufragé social, sorte de gilet jaune seul à son carrefour en plein vent.  


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26 réflexions sur “Surgissement de Houellebecq et « La Nausée » de Sartre

  1. Y-aurait-il une généalogie, un arbre à ramifications depuis : Bartleby, Meursault, Roquentin, Jean Désert, celui de Georges Duhamel, (oui, oui, Duhamel, je ne me souviens plus du nom, en « in » aussi je crois) des personnages de Bove, de tous ceux rassemblés au chevet de « L’Homme qui dort » , et j’en oublie, sans compter leur ancêtre à tous, Oberman, jusqu’aux hommes de Houellebecq?

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    • Van Worden… Le personnage de G. Duhamel est Salavin. Il annonce le Roquentin de « la Nausée » de Sartre qui s’interroge sur la contingence et l’être devant une racine d’arbre. Salavin aussi s’interroge: »« Tout en écrivant, je regarde ma main. Est-ce là quelque chose de Salavin ? Je ne l’avais jamais examinée avec tant de soin. Elle ne me plait pas. Elle est laide. Comment ai-je pu croire que je parviendrais à quelque chose de propre avec une telle main ?
      Je voudrais être un puceron sur un rosier. » Cette réflexion sur la main comme un objet étrange qui perd sa familiarité rappelle cette scène de » la Nausée, » quand Roquentin s’ entaille la main avec un canif et regarde le sang qui se répand sur une feuille de papier.. Je serai tenté d’ajouter le Adam Pollo de Le Clézio à la galerie des « angoissés » philosophes avec sa déambulation métaphysique et ses malaises existentiels au milieu de la la ville moderne, ce qui le mène tout droit vers une clinique.

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  2. des précis de décomposition dans les deux cas… Un parallèle historique intéressant,, « troublant » dites-vous, oui mais forcément discutable… Il me souvient de cet essai de Mikel Dufrenne de 1977 que l’on pourrait utilement mobiliser comme fil commun entre la perceptio des deux romans à leurs époques respectives, Subversion/Perversion… En voici l’argument et l’attitude de l’auteur, retrouvés dans la toile : »Subvertir ? C’est-à-dire détourner, passer au-dessus ou au-dessous des chaînes du pouvoir en place, critiquer de manière vivante et pratique. La chose est entendue : tout intellectuel se doit d’être subversif ou de disparaître dans les marécages de la réaction. Mais comment subvertir ? C’est la question.- Dufrenne se défend d’entrer dans la ronde des pervers car elle se referme sur l’individu, ses désirs et ses petits plaisirs, peut-être déjà travaillés par la pulsion de mort. Il y a des perversions glacées du langage et des signes, il y a des perversions du pouvoir qui retournent à leur origine : non la puissance du désir, mais le désir de puissance. Le subversif ne nage pas dans les eaux et à la traîne de l’avant-garde intellectuelle, il est sauvage, actif et joyeusement insolite ».
    Bien à vous,

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  3. A rajouter au Dictionnaire des Idées reçues Intellectuel: ‘nécessairement subversif.?Cependant Dufrenne a raison : on risque l’institutionnalisation de la subversion. On a même , Joyeux spectacle, des subversifs institués. La Presse regorge de ces « grandes têtes molles là « . A propos des mains, et en anti-Duhamel, Une Main, de Ramuz, écrit après qu’il eut blessé la sienne. Et le thème de la greffe des mains d’assassin dans un roman cette fois populaire comme les Mains d’Orlac, un des plus beaux ratages de Maurice Renard!

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    • Oui Court, c’est une vieille histoire: l’embourgeoisement des écrivains dit « subversifs ,on ne peut évidemment pas être Rimbaud et chef de service à Radio France, on peut quand même être combattant en Espagne, auteur de l ‘Espoir, comme Malraux et finir Ministre de la culture sans que ce soit déshonorant, et puis je préfère me souvenir du Grand Hugo tonnant sur son rocher, ou de Zola se battant pour Dreyfus, affrontant la haine de certaines foules, pas mal ,non?

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  4. Un ratage de M. Renard Les mains d’Orlac? Oui, mais comme vous dites, un « beau ratage ». Moi, je dirais plutôt : Maurice Renard, le Douanier Rousseau du thriller. Et puis, il y a ce style 1900…agaçant, mais sauvé par le pittoresque. Et puis, tout de même, la scène de la tête parlante dans l’atelier du vieux peintre: du fantastique plus que parfait.

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    • On est d’autant plus déçu que Renard nous a habitué à mieux ,, Van Worden. Difficile de se passionner pour ce pianiste virtuose qui se demande si ses mains, greffées après un accident de chemin de fer, ne sont pas celles d’un assassin.. La fin, « vos mains sont pures , Mr Orlac », est un sommet dans le genre. Je vois bien ça mais en film muet. Bon , on n’écrit pasle Péril Bleu tous les jours, et la comparaison est dure! Je ne suis pas sûr que le Docteur Lerne Sous-Dieu tienne mieux, sauf dans l’ahurissant passage ou le jeune premier contemple sa fiancée par les yeux du taureau qu’il est momentanément devenu. Il faudrait que je le relise. Mais l’ Invitation à la Peur, Lui?,Le Péril, surtout, meme le Singe, sont des œuvres fortes au meme titre que le meilleur Leroux, qui, lui, dans Balaoo, s’est contenté d’inventer un King Kong parisien, et dans le Fils de Balaoo, termine par Steeman, de poser les fondements du Temple du Soleil, me semble-t-il. Bien à vous pour le Grand Maurice, mais qui aime bien châtie bien. Cordialement et meilleurs vœux. MC

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  5. Oui Paul Edel, le Père Hugo provoque quasiment jusqu’à la fin de ses jpurs, L’un de ses derniers textes s’intitule pour la Serbie. Tableau bouleversant d’un etat- victime qui n’est pas encore la poudrière des Balkans , mais dont on comprend pourquoi, en le lisant, il va le devenir.Je ne vois guère que ie texte insignifiant sur Camoens, où on le fait vraisemblablement parler qui fasse exception , comme à la même époque on publie ses œuvres de l’exil pour faire croire qu’il produit encore, alors que l’infarctus de 1878 et la mort de Juliette l’ont rendu incapable de toute création. Mais il a une autre allure que les provocateurs stipendiés. C’est pour ça qu’on l’aime, Ce n’est pas un homme de parti. Plutôt une imprévisible conscience, longtemps, longtemps….

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  6. Pour clore sur le grand Maurice, n’oublions pas L’Homme truqué. Ah, cette champagne champenoise désolée du petit matin au début… Cet ennemi invisible, à la langue inconnue, qui, à la fin frappe sans laisser de traces, rien que cela, sans même tenir compte de la vision « électrique » , (mais qui renforce l’aspect « prestidigitation » du texte), c’est très fort et fait penser au meilleur Francis Ryck, des décennies avant. Enfin, La Rumeur dans la montagne et cette trouvaille de nom, mélancolique et rèveur : Florent Max. Mes voeux renardesques (et autres) ainsi qu’à l’ami Paul Edel, militant d’une littérature qu’elle en vaut la peine.

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  7. Oui, deux très belles nouvelles. La Champagne, préhistorique ou pas, était le terroir de Renard. Et l’écrivain de 1910, qu reçoit rue de Tournon le tout Paris, ne peut plus le faire en 1918. Il est pour autant inexact de dire qu’avant 1914 il écrivait pour le plaisir, et après, un peu par nécessité. Mais entre temps un monde a péri. Heureusement que le meilleur Jean Ray lui a rendu hommage dans une période de relatif oubli….Et qu’ Averty a transcrit le Péril Bleu en un temps où la télévision croyait avoir une certaine culture à transmettre au spectateur.

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  8. Le Monde des Livres avec Birnbaum dans le rôle du Grand Prêtre maniant encensoir et sermon devant le Dieu Houellebecq. Se souvenir de Rivarol, l’écrivain; « un livre qu’on soutient est un livre qui tombe…. » Le pere Gide, aussi : «  ce qui a fait le succès est ce qui nuira le plus à la gloire. »…

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  9. Extension du domaine de la lutte = selon moi, le meilleur Houellebecq parmi les quatre que j’ai lus.

    « Bartleby, Meursault, Roquentin »
    je ne vois pas du tout ce que Bartleby vient faire dans cette série. Bartleby est est très fermé, et m’apparaît très opaque, en tant que lectrice. On ne sait pas grand chose de lui. on ne sait même s’il s’oppose/refuse de manière strictement butée et gratuite ou bien résiste à une oppression. Il ne me semble pas déprimé voire dépressif comme les autres. Tête de mule ? individu soudainement dépourvu de neurones ? Provocateur ? personnage dans une posture plus politique ?
    … notez, faut dire qu’il travaille pour un notaire … (mais j’en connais qui aime ça, hein !)
    Pour moi, mais je me trompe peut-être, Bartleby est dans la lignée de contes absurdes et veinés d’ironie et de comique sec … et annonce Kafka (si ce n’est que les personnages de Kafka subissent) (enfin, et encore, « subissent » est bien réducteur … mais bref pas le temps de développer le sujet).

    et Meursault me touche bien plus que Roquentin.

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    • Meursault vous touche plus que Roquentin, moi aussi, peut-être Margotte parce qu’il est Meursault un homme charnellement soumis au soleil, sensible aux hommes et aux femmes de la rue, sensible aux heures du jour et aux douceurs de la soirée alors que Roquentin, lui, est négativité pure devant un monde bourgeois humaniste truqué. Roquentin, sur une plage, s’y emmerderait.#CoffeeJazz #SlowJazz #CafeMusic

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    • Il est intéressant de noter que dans ses carnets, Albert Camus précise bien qu’il n’est pas d’accord avec les critiques littéraires qui parlent d’impassibilité, voire de » cynisme » à propos de Meursault et ce qui l’entoure et de ce qui lui arrive, notamment le procès.. Il précise :' »l ‘impassibilité, disent-ils(les critiques) . Le mot est mauvais. Bienveillance serait meilleur ».
      Jamais Sartre n’aurait pu dire cela de son héros Roquentin.

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  10. • Peut-être que Roquentin n’était pas fait non plus pour « toucher » ?
    • À propos de Bartleby, il y a qd même un mouvement, une accélération (de ce qui paraît d’abord anodin, excentrique) menant nécessairement, sobrement mais impérieusement, au néant.
    • Jaccottet regrettant la pénombre où était maintenu Thomas, « de si loin supérieur à la plupart de ceux qui font du bruit » — il s’agissait évidemment de Henri, & non de Michel.
    Le même article m’apprend la parution du recueil Amorces (Fata Morgana) & celle d’un ouvrage de Patrick Cloux, Chez Temporel Célébration d’André Hardellet, j’ai pensé qu’il fallait « faire passer » ici.
    • Dans le même esprit. J’attendais impatiemment la sortie (prévue hier), je n’ai pu me procurer le livre qu’aujourd’hui : je parle bien sûr de Monument national de Julia Deck (Minuit). Elle aussi sait voir le monde et la vie d’aujourd’hui, mais encore écrire en virtuose de l’intrigue & des narrateurs non fiables. Ses personnages féminins comptent 3 dimensions, des émotions mais également une capacité de penser dont elles font des usages divers, pas tjs recommandables, qq abîmes & des zones d’ombre (y compris vis-à-vis d’elles-mêmes), sans que les personnages masculins ne soient condamnés à devenir plats ou insignifiants ou univoques.
    • Je me demande ce que devient Hélène Lenoir, pourvu qu’elle écrive encore.
    • Découvert hier un texte de Michaux, « L’étang » (parmi ceux restés inédits de son vivant).
    Premières lignes :
    « Donne-lui un homme et du temps, il en fait un cadavre, puis il le rejette sur ses bords./ Il le gonfle puis il le rejette./ Lui demeure. »
    (À plusieurs reprises j’ai pensé aux mares chez VW, notamment celle de Btw the Acts, ou à la Nouvelle histoire de Mouchette).
    Envisagé ds ts les états, de plusieurs pts de vue (y compris celui qu’on lui prête, en même tps que des intentions, sans niaiserie évidemment), scandés par la répétition du « demeurer ».
    On se croirait parfois du côté de chez Prévert ou Chevillard, (mais il y a bien aussi un pt de vue de l’escargot ds « Kew Gardens », la nouvelle de V. Woolf) & je cite encore, même si sorti de son contexte & de l’accumulation cela ne produit pas le même effet :
    « Un colimaçon voulut en faire le tour, il était en route depuis sa naissance. Adulte il avançait avec sa famille. Moribond il leur légua son but, mais eux regardaient du côté d’une feuille de salade fraîche./ Lui demeure. »
    Après tout on peut y voir une autre façon d’évoquer le drame de la vieillesse.

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  11. L’étymologie et l’onomastique sont dures – Ka dernière d’un humour noir atroce, pour Roquentin et Meursault. Je pense en effet Elena que le premier n’est pas conçu pour toucher dans un roman visant à montrer l’absurdité du monde. Une partie de l’opposition frontale Sartre -Camus se joue peut être là. L’absurdité du monde n’empêche pas que le personnage soit sensible et vive chez Camus, mais ne signifie pas que pour autant qu’il ait raison. Le personnage s’attire cautionne un état de fait. Celui de Camus est pris ou se laisse prendre dans un engrenage, mais n’a pas raison pour autant sur les autres. Histoire d’un système chez l’un, Histoire d’un être chez l’autre. Le qualificatif de névrotique suggère une lecture psychologisante à outrance qu’il est préférable, je crois, d’éviter.

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  12. « Une partie de l’opposition » — oui, c’est ce qu’il me semble.
    Par ailleurs, la dimension métalittéraire (Roquentin biographe & autobiographe, la bibliothèque, l’autodidacte) & plus généralement la réflexivité sont très présentes ds La Nausée, ce qui me paraît changer considérablement la donne ET le mode de réception, ou du moins le rapport du lecteur à ce qui lui est donné à connaître de la conscience du protagoniste. Les protagonistes des deux romans subissent l’absurdité & leur aliénation, mais Roquentin analyse & s’analyse, il « fait lui-même le boulot » d’explicitation, réduisant d’autant la nécessité (&/ou le caractère gratifiant) de l’implication du lecteur. C’est une hypothèse (une application peut-être hasardeuse à Sartre & Camus de qq remarques de Judith Schlanger ds Trop dire ou pas assez), & en outre je n’ai pas relu l’Étranger récemment.

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  13. sorte de gilet jaune seul à son carrefour en plein vent

    un keupon havec un chtulu dans ldos « contre le monde contre la vie ».. c’est que -décidément- il -faut- s’en faire une bien piètre opinion polo et quil est hurgent le mettre à coté d’une table basse..avec quelques livres d’arts..sapré polo

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  14. Oui, Sartre surmene peut-être trop son héros, avec une tendance allegorisante. Pas toujours sympathique avec l’autodidacte. C’est ce qui fait qu’on est comme tenu à distance. On peut admirer, pas adhérer. Au lieu que Camus privilégié le personnage sur l’allégorie et le poids d’une éventuelle thèse. Il le fera aussi dans les Justes. Et c’est en évitant ce monolithisme que son œuvre reste vivante. Je ne prétends pas que Sartre soit toujours monolithique. – il y a le Mur- mais Camus est avant tout humain. MC

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  15. Il n’est pas impossible que l’eau malveillante des mares renvoie à l’archétype de l’Enfer liquide celtique qui a très longtemps perduré, et dans lequel on mène une vie identique à ce qu’on était en surface, mais amoindrie. On a des récits de femmes qui se plongent dans et même sous l’eau , à les entendre des heures, pour intercéder en faveur de tel ou telle. Deux mythologies, la celtique et la chrétienne, se telescopent alors. Ce n’est le cas ni dans Mouchette ni dans Michaux, mais cet arrière-plan liquide joue au moins le rôle de seuil d’un autre monde….👻👽☠️👽☠️👹💀👹. MC

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  16. H.P.L. « Contre le monde, contre la vie », comment M.H a fait entrer Lovecraft (en France) dans l’ère du soupçon. Là, plus rien à voir avec le reclus de Providence immaculé découvert en 1964 (à 14 ans, je me souviens de l’endroit, c’était un tourniquet rue Réaumur) et en plus à travers le planant « Démons et Merveilles »,10/18 (et comme enfant de Planète les emberlificotages du père Bergier.) Depuis, un continent a submergé tout ça. On ne sait plus de chemin avec. Mais, « Dans l’abime du temps », encore maintenant, quand tout va mal, vers 5heures du matin, quelques lignes et…

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  17. MC, je ne sais pas si c’était à moi que vs répondiez hier à 11:03, mais il semble y avoir un malentendu : en ce qui me concerne, sans raffoler particulièrement de ces deux textes, j’ai préféré La Nausée. (Et la défense d’une cause me paraît tr présente ds le roman de Camus.)
    Coïncidence : j’ai enfin pu voir Un Héros d’Asghar Farhadi — rares sont les films qui donnent envie de se replonger immédiatement ds le débat Benjamin Constant – Emmanuel Kant avec prolongement chez Sartre, « Le mur » précisément. Ou de réfléchir à ces incompossibles : l’honneur & l’envie de contenter tt le monde (& à bcp d’autres ch, par ex. la différence entre la « bonne volonté » & la volonté (vraiment) bonne, mais qui nous éloigneraient davantage de la conversation actuelle).
    Ce qui ns y ramène : chez le protagoniste Rahim ce n’est pas l’indifférence ou le manque d’expressivité qui crée l’étrangeté, qui suscite une gêne, une méfiance, & en conséquence une interprétation défavorable chez ceux qu’il rencontre (& souvent, si j’en crois certaines recensions, chez les spectateurs) mais son perpétuel sourire.
    Il s’agirait tjs, en somme, de « motiver » (d’expliquer, d’attribuer une motivation qui rétablisse une cohérence aux yeux des autres) un comportement déviant par rapport à la moyenne & aux attentes (& l’hostilité à la « poisse », la malchance, un peu comme ds Erewhon de S. Butler : « It stands to reason that no man should be allowed to be unlucky to more than a very moderate extent »/ il va de soi qu’un h ne devrait pas être autorisé à être excessivement malchanceux (litt. : plus que légèrement malchanceux).)

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  18. Non, Elena, je continuais sur les bases de votre réflexion, mais ce que j’en déduisais n’engageait que moi….Votre rapprochement avec Butler vaut qu’on s’y arrête si on a le texte. Van Worden, l’originale de Démons et Merveilles doit dater de 1953 dans la Bibliothèque Mondiale avec la preface hallucinante et le montage de Bergier. Je dois à mon grand oncle, colonel du génie, cette curiosité pour le moins detonnante dans sa bibliothèque. Et j’avoue encore préférer cette belle infidèle à la V.O.,, Bien à vous. MC

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  19. En effet, on ne trouve pas la traduction française d’Erewhon par V. Larbaud sur la toile, en revanche on accède facilement au texte en v.o.
    Ma citation était tirée du ch. 11, « Some Erewhonian trials »
    Un peu plus loin ds le même chapitre : « it is your crime to be unfortunate. »
    (Du juge au jeune homme turberculeux qu’il vient de condamner lourdement, après avoir fustigé l’équivalent de la « culture de l’excuse » : « whether your being in a consumption is your fault or no, it is a fault in you ».)

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